Yannis « El Adoureño » : La jambe en avant...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Quel étrange paradoxe pour notre jeune compatriote que de terminer 3ème de l’escalafon novilleril sans jamais avoir eu l’occasion de fouler une seule fois le sable d’un ruedo français tout au long de 2017. Invité à débattre par la peña d’Hagetmau « a las cinco » c’était l’occasion pour Corrida France d’aller à la rencontre de ce jeune homme à l’enthousiasme débordant et très rafraîchissant.

A l’âge de 10 ans (il est né en 03/1997) il intègre l’école Adour Aficion dirigée par Richard Milian. Après avoir fait ses classes, il débute en non piquée en 2013, le 31/03 à Aignan. Il effectue 5 paseos.
Si la temporada 2014 est fournie en nombre de contrats, 15 au total, elle est maigre en terme d’oreilles coupées, Yannis connaissant beaucoup de problèmes avec l’épée. 
2014 c’est aussi une cornada de 20 cms dans la cuisse !
« J’avais fait une temporada complète sans trop couper d’oreilles mais je devais débuter en piquée en 2015. Malheureusement, mes espoirs furent sans retour et pour le début de la saison, les novilladas se montèrent sans moi (Mugron, Aire…). J’ai perdu l’illusion et l’envie. J’ai tout arrêté, rangé le matériel et coupé avec le monde de la tauromachie »
Mais le gusanillo est toujours là, caché au fond de lui et quand son beau père lui propose de participer début 2016 à un bolsin du côté de Salamanque à Alba De Tormes, Yannis après un petit temps d’hésitation reprend l’entraînement. Sur les 35 participants, il termine 2ème et décroche dans la foulée un festival au pays basque où en plus de couper les deux oreilles et la queue, il se fait repérer par Angel Vaquerizo qui devient son apoderado. Il part vivre et s’entraîner en Espagne.
Le retour est gagnant : 9 contrats, 9 triomphes 19 oreilles et deux queues lui permettent de débuter enfin en piquée à Galapagar le 18/09 face à des Monteviejo. Le baptême du feu est rude mais le succès d’estime, avec une oreille à la clé réel, car Yannis est devenu un autre torero !
« Durant mes 7 ans passés avec Richard Milian, je me suis forgé un style un peu « olé,olé » (sic), j’étais un peu tout fou face au novillo. Je suis revenu différent et si ma tauromachie est basée sur l’envie et le courage, ma technique est beaucoup plus posée et me permet d’affronter toutes les encastes, et tous les types de novillos que j’ai dû combattre parfois dans des conditions difficiles et compliquées dans les arènes de village. Les infirmeries sommaires et les gabarits hors normes des animaux sont les standards des plazas de la vallée de la terreur où j’ai dû faire mes preuves. Mais c’est un très bon apprentissage ! »
De cette temporada 2017, riche en succès, Yannis retient une de ses premières courses à Zamora (arènes de 2ème catégorie) où il coupera 2 oreilles à des Fernando Peña mais aussi, le moment le plus difficile dans les arènes d’Escalena au mois d’août face à des Antonio San Roman de 600 kgs, hauts comme les barrières qui lui firent passer un sale quart d’heure avec pourtant une oreille à chaque novillo « c’est une course dont on sort avec le moral en hausse, car elle forge le mental »
Nous sommes en plein mois d’août, c’est son 10ème contrat de la saison et pourtant aucune novillada en France
« Ne jamais être programmé en France, je le vis comme une injustice, mais c’est aussi une source de motivation supplémentaire car chaque après-midi je dois prouver que je mérite l’opportunité de montrer ma tauromachie dans mon pays »
Le meilleur reste néanmoins à venir. En effet Septembre est le mois des novilladas en Espagne et le malheur des uns faisant de temps à autre le bonheur des autres, au jeu des substitutions Yannis va se voir offrir des occasions de se montrer et succès aidant les contrats vont s’enchaîner.
Le point d’orgue sera le célèbre « Zapato de Oro » d’Arnedo, que Yannis va remporter après deux faenas complètes et templées face à des Escolar Gil, sans couper d’oreille mais en faisant forte impression.
« En revenant de Medina de Pomar, où je venais de couper 4 oreilles, j’ai appris que j’étais déclaré vainqueur du prix. J’avoue que les larmes ont coulé »
Ce « Zapato de Oro » va lui permettre de se présenter à Saragosse en substitution de Jorge Isiegas blessé et se mettre en lumières dans une arène de 1ère catégorie.
La saison se terminera en apothéose à La Peza (province de Grenade) où programmé avec Maxime Solera « être au cartel avec un compatriote est toujours une source de motivation supplémentaire », il finira par gracier un extraordinaire novillo de Cayetano Muñoz et repartir les mains chargées de trophées (4 oreilles +2 queues).
2018 ?
« Le Zapato de Oro m‘ouvre des portes. Je vais pouvoir bien m’entraîner avec pour l’instant 15 tentaderos programmés. J’ai une dizaine de contrats déjà signés. Je devrais être dans toutes les ferias de novilladas importantes (Villaseca de la Sagra, Arganda del Rey, Arnedo...). L’objectif est aussi de rentrer à Madrid et Seville, avec en ligne de mire être en tête de l’escalafon. La France ? Avec Gerard Duces mon représentant en France, des contacts sont noués, dans le sud-ouest et dans le sud-est et je devais être enfin programmé même si rien pour l’instant n’est officiel. Normalement je devrais faire une temporada complète de novillero, mais si une belle opportunité de prendre l’alternative en fin de saison s’offre à moi, pourquoi pas, mais ce n’est pas à ce jour la priorité »

Soif de triomphes et une envie de réussir, Yannis Djeniba « El Adoureño», un nom à retenir pour 2018 !

Philippe Latour