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Valverde : un emblème du torisme et ses défis...

©ElTico
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Sur les terres de Coste-Haute, depuis les derniers coussouls de la Crau qui dominent les marécages de la vallée des Baux de Provence, Geneviève et Jean-Luc Couturier élèvent des taureaux marqués des fers emblématiques de Valverde et de Concha y Sierra. En acquérant ces deux élevages, tous deux se sont lancés le défi de redorer le blason de deux fers toristas prestigieux.

 

Valverde : La concrétisation d’un rêve
En 2012, Jean-Luc Couturier, industriel du pain, prend sa retraite. Il vend son entreprise et ses usines de production pour réaliser un projet singulier, en germe depuis 1990 : devenir éleveur de taureaux de combats et élever les fameux taureaux du Curé de Valverde, un élevage torista qui, dans les années 1990, s’était distingué dans les arènes d’Ales et dans celles de Madrid par la sauvagerie et par la caste de ses pensionnaires.
« Le 13 mai 1990, à Alès, j’avais été frappé par la bravoure des taureaux de Valverde - souligne Jean-Luc Couturier -. Ce jour là, José Luis Galloso, José Antonio Campuzano et Paco Alcalde avaient affronté des animaux particulièrement solides et coriaces. J’avais alors dit à mes amis, à la sortie des arènes, que si je parvenais un jour à élever des taureaux de combat, ce serait ceux de Valverde. Un quart de siècle plus tard, mon rêve se concrétisait. Je ne souhaitais pas vivre une retraite paisible : je ne savais jouer ni aux cartes, ni à la pétanque. Un ami me conseilla alors de consulter un curé : c’est ainsi que j’ai pris la décision de me rendre chez celui de Valverde », dit-il avec malice.
Il se rend alors à Salamanca et parvient à conclure un accord avec les représentants de ce fer emblématique de pure origine Conde de la Corte. Tout l’élevage est alors déplacé et installé en France, au pied des Alpilles : au total, 80 vaches de ventre, avec leurs produits, ainsi que deux étalons, qui s’entre-tueront quelques jours après être arrivés en France, font le voyage.
« Lorsque nous avons acquis l’élevage, celui-ci était, pour ainsi dire, à l’abandon. Depuis plusieurs années, les successeurs du Curé, mort en 1994, ne sélectionnaient plus le bétail. Celui-ci était devenu extrêmement consanguin, et ce à tel point que l’état sanitaire de l’élevage en était impacté négativement. Il était devenu urgent de mettre en œuvre une véritable refonte profonde de l’élevage ». C’est à cet ambitieux projet que se consacre aujourd’hui Jean-Luc Couturier, dans l’objectif « d’exploiter l’indéniable fond de caste présent dans l’élevage, fond qui a fait sa réputation, en lui redonnant la mobilité nécessaire ».

 

Les étapes du sauvetage
Dans un premier temps, Jean-Luc Couturier décide de re-tienter l’ensemble du noyau reproducteur : à l’issue de cette épreuve de sélection, 40% des mères sont envoyées à l’abattoir. Ne sont alors conservées que les plus braves. Pour recomposer son cheptel, le nouveau propriétaire de l’élevage décide d’aller à la source même de l’élevage de Valverde : celui du Conde de la Corte, d’où il revient avec 30 vaches approuvées et pleines, de tous âges, provenant 14 étalons différents. « Cet achat a marqué un important enrichissement génétique de l’élevage : depuis, le nombre de familles avec lesquelles travailler a doublé et les vaches de ventre sont désormais des produits de 19 reproducteurs différents, contre 5 jusqu’alors ».
Pour faire face à la défection des étalons de Valverde, morts à leur arrivée en France, Jean-Luc Couturier se rend dans différents élevages provenant de celui du Conde de la Corte : il acquiert 12 mâles à l’élevage d’El Torero, sélectionnés pour leur filiation directe avec l’élevage du Conde de la Corte et pour leur imposante morphologie. Il les tientera et ne conservera que les 4 plus braves pour leur confier le soin de procréer et de rafraîchir l’élevage de Valverde. Jean-Luc explique la manière dont il les utilise aujourd’hui : « Durant deux années, les taureaux d’El Torero ont couvert les vaches de Valverde et du Conde de la Corte. Notre objectif est d’absorber progressivement l’apport génétique de ces étalons afin de ne point perdre l’identité de Valverde. Aujourd’hui, ces étalons sont au repos et ils ont été remplacés par deux étalons nés de mères et de pères du Conde de la Corte, que nous avons sélectionné en octobre 2016 à l’issue de notre première tienta de mâles. Ces différents animaux sont autant d’outils qui nous permettent aujourd’hui de résoudre le problème de la consanguinité, en puisant dans la source Conde de la Corte au travers diverses rames, tout en cherchant à préserver, à moyen et long terme, l’identité de l’élevage de Valverde ».

 

Ecrire une nouvelle page
L’achat de l’élevage de Valverde par la famille Couturier a signifié pour celui-ci la réouverture du marché français. En effet, depuis la fin des années 90, les Valverde s’étaient faits rares sur les affiches des férias françaises et espagnoles. Leur retour se produit le 15 juillet 2012, dans les arènes de Chateaurenard. Quelques semaines après leur arrivée en France, les Valverde offrent un après-midi digne et ils permettent à Marco Leal de ravir l’oreille d’un bon exemplaire nommé Carafea. «Cette corrida fut une bonne surprise pour nous. Nous savions que l’élevage avait été à l’abandon durant les années qui ont précédé l’achat et nous redoutions que le lot présenté à Chateaurenard ne se solde par un fiasco. Il n’en fut pas ainsi, au contraire », relate Jean-Luc Couturier. L’année suivante, c’est dans les arènes de Beaucaire que le torero arlésien frôle la grande porte. Néanmoins, le comportement des Valverde déçoit leur nouveau propriétaire. Selon lui, « la deuxième corrida de Valverde n’a pas donné le jeu que nous espérions. Les animaux que nous avons lidiés ce jour-là étaient nés en Espagne. Leur état sanitaire n’était pas optimum, le taux très important de consanguinité de ces animaux avait généré de l’arthrose. Pour cette raison, ils firent preuve d’une importante faiblesse. Il était alors urgent d’assainir l’élevage ». L’année suivante, Valverde ne présenta aucun lot. Il faut attendre l’année 2015 pour voir l’élevage renouer avec le succès.
En 2015 puis en 2016, la ganadería séduit l’afición cévenole d’Alès. « Notre retour dans les arènes du Temperas le 16 mai 2015 s’est soldé par un triomphe avec la vuelta al ruedo posthume du taureau Servicioso-179, brillamment toréé et mis en valeur, en particulier lors du tiers de piques, par Alberto Lamelas. Ce succès nous a permis de recevoir le prix Henry Fanton, décerné au meilleur élevage de la saison par le Club taurin nîmois Palmas y Pitos, et d’être à nouveau annoncés dans les arènes d’Alès en 2016. Malgré la pluie et des conditions climatiques déplorables, le public répondit en nombre et les arènes d’Alès présentèrent un superbe aspect. Le lot, qui a d’ailleurs été récemment primé par le club taurin arlésien La Muleta comme étant le meilleur lot de la saison 2016, homogène, solide et sérieux, a confirmé les impressions laissées en 2015 ».
Pour la troisième année consécutive, l’élevage de Valverde sera à l’affiche de la féria d’Alès, avec une corrida et une novillos présentés le 28 mai prochain. Il sera aussi présent, une semaine plus tard, dans les arènes de Vic-Fezensac, le 4 juin à 11h, avec un taureau lidié lors d’une corrida concours. Puis, 10 pensionnaires de Valverde seront présentés à Orthez le 23 juillet : 4 novillos le matin et une corrida complète l’après-midi. En somme, l’élevage de Valverde se prépare à vivre une saison intense qui, le ganadero l’espère, répondra aux attentes de l’afición torista française.

 


Voir le reportage photographique : ElTico