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Casanueva, une ganaderia au tournant de son histoire...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
A Montsoué dans les Landes, le maire est fier d’avoir une ganaderia sur le territoire de sa commune. Il a fait faire de grandes pancartes qui guident le visiteur vers la finca où se trouvent les toros et vaches de la ganaderia Casanueva.

 

Les débuts avec les Gallons
C’est en 2006 que José (le père) et Guillaume (le fils) décident de créer cet élevage. José a fréquenté le milieu de la course landaise pendant plus de trente ans. Lui et son fils sont tauromaches et aficionados. L’élevage de toros bravos les attire plus que celui des coursières car il leur permet par la sélection de produire l’animal qui correspond à leur vision du toro de combat.
Ils commencent par acheter 24 vaches et un semental d’origine Domecq par Sanpedro aux frères Gallon.
Entre 2007 et 2008, 20 vaches et deux nouveaux sementales viennent agrandir le troupeau.
Le premier Casanueva sort en festival à Arzacq en 2010.
Le premier lot en non piquée sera vendu aux arènes d’Aire sur l'Adour la même année.
Les aficionados verront sortir les produits de la famille Bats dans plusieurs arènes landaises aussi bien à Castelnau, Roquefort, Aire Mont de marsan qu’à Tyrosse où l’élevage connait son premier triomphe.
En 2014, le novillo présenté aux arènes du Plumaçon remporte le prix du concours opposant les éleveurs du Sud-ouest. Cela permet à la ganaderia de fournir un lot complet pour la Madeleine 2015.

L’arrivée des El Torreon
José et Guillaume pourraient être satisfaits mais les erales qui sortent manquent de régularité et surtout, s’ils ont la noblesse des Sanpedro, ils en ont aussi la faiblesse. Les ganaderos sentent bien que cette encaste ne pourra pas assurer l’avenir de Casanueva.
Ils recherchent un toro qui a du moteur, qui avance et qui permet. Rafael Cañada leur met en contact avec le Maestro colombien César Rincon. Ce dernier possède un élevage d’origine Domecq « El Torreon ». Avec le temps, le « lien » se créé entre les Bats et l’ancien matador. Il finira par accepter de leur vendre 30 vaches et un semental (plus un reproducteur en prêt). Et c’est en 2013, que le transfert a lieu. Ce premier lot sera complété par l’arrivée courant mars 2016 de six vaches notées au maximum en tienta.
Les premiers erales d’origine El Torreon sortiront en 2015 pour la non piquée des Fêtes de la Madeleine. Le lot est composé de deux exemplaires de chaque origine. Un Gallon et un Sanpedro sortiront faibles. Le second « Rincon » sera intéressant, le meilleur du lot sera, paradoxalement, un Gallon qui permettra à Adrien Salenc de triompher.
Autre moment important, avec l’aide de la Peña Creo Que Si de Tartas, six vaches de la nouvelle origine sont tientées. Deux s’avèreront excellentes lors des trois tiers, un troisième mansa au cheval sera très noble à la muleta.
Il reste à confirmer en 2016 ces premiers résultats encourageants.
Seules deux sorties en Public sont prévues. La première a lieu pour la traditionnelle non piquées concours de Castelnau Rivière Basse. L’eral, un colorado bien présenté, sera exceptionnel. Partant de loin, très noble, il chargera d’un bout à l’autre de sa présence en piste avec une exceptionnelle alegria. C’est ce type de toro que la famille Bats recherche depuis dix ans. Face à lui, Antoine Madier manque d’expérience et n’arriva pas exploiter au maximum les qualités du novillo. Le Casanueva est honoré d’une vuelta posthume et est déclaré vainqueur ex-æquo avec l’eral du Camino de Santiago.
Deuxième examen pour la ganaderia lors de la non piquée de la Madeleine. L’eral, un autre colorado, sortira lui aussi avec beaucoup de moteur. Il arrivera au troisième tiers avec beaucoup d’alegria et de classe. Nouvelle vuelta et le novillo est déclaré vainqueur ce qui vaudra à la ganaderia de fournir un lot complet pour la Madeleine 2017.
Il restait du lot de la Madeleine 2015, un novillo, frère de celui de Castelnau. Il a été lidié par Emilio de Justo lors de la journée Toromagie à Bayonne. Probablement trop lourd, il a eu du poder à la pique renversant par deux fois le groupe équestre. A la muleta, il a manqué de fond et de race et ne sera pas conservé, comme avait pu l’imaginer Guillaume comme semental.
La mayonnaise El Torreon prend bien. La branche Gallon est réduite à une vingtaine de reproductrices et un semental. Le second dont les produits manquaient de race sera éliminé. Côté El Torreon se sont une quarantaine de vaches qui sont associées aux deux sementales.
Les deux rames continueront à être menées de front. Les « Gallon » seront majoritairement destinés à des Fiesta Campera et des journées organisées à la ganaderia. Les « Rincon » seront destinés aux novilladas non piquées.
Ce sont, aujourd’hui, 130 têtes de bétail qui pâturent sur les différentes propriétés autour de Montsoué.


Equilibre économique et évolution de la ganaderia
La famille Bats possède un élevage de poules et produit 6000 œufs bio par jour. La ganaderia reste une passion mais elle doit s’autofinancer (ou presque), si elle veut être pérenne. Aidés par un groupe d’amis, les ganaderos ont aménagé une jolie placita de tienta et construisent des bâtiments qui vont leur permettre d’accueillir des groupes pour des journées au Campo. L’ensemble sera inauguré courant Mai.
Même s’il est difficile d’en acquérir à Montsoué, l’achat de nouvelles terres est aussi envisagé.
A la traditionnelle question sur le passage en piquée, comme ses confrères du Sud-ouest, Guillaume reste prudent. Il l’envisage mais il est conscient que ce ne sera pas évident. Le fossé entre l’eral et l’utrero est grand. L’exigence du public est toute autre entre la non piquée et la piquée. Le ganadero attend de voir ce que va donner la saison 2017 et de toute façon ce ne sera pas avant trois ou quatre ans.
Guillaume a une vision optimiste mais réaliste de l’évolution de son activité. Il y a moins de course et les prix de vente baissent. Par ailleurs les normes sanitaires sont de plus en plus contraignantes. C’est une bonne chose mais cela plombe les résultats économiques des ganaderias, tout comme le prix de l’alimentation qui ne cesse d’augmenter. Pour Guillaume, le Sud-ouest a l’avantage d’avoir une culture de la non piquée, une organisation d’organisateurs qui fait confiance aux éleveurs locaux. Cela leur permet de progresser et de continuer à se développer. Les erales gascons ont déjà fait leur preuve et constituent la majorité du bétail combattus « sin caballos » dans notre région.
2016 a été et 2017 sera une année charnière pour Casanueva. La ganaderia est encore jeune, elle est toujours en phase de construction. Le ganadero fonde beaucoup d’espoirs dans les astados d’origine El Torreon.
La camada 2017 composée de 14 erales est vendue et l’éleveur n’a pas pu répondre à toutes les demandes reçues. La temporada commencera par la sortie du premier lot de six qui sortiront aux arènes de Magescq pour l’ouverture de la saison. Un deuxième lot de quatre sortira aux arènes du Plumaçon et un eral ira défendre le titre gagné l’an passé à Castelnau Rivière Basse.

Les succès engrangés et les investissements réalisées, pour accueillir des groupes, contribuent et contribueront à pérenniser l’activité de Casanueva .
Mais ce qui garantit encore plus l’avenir de la Ganaderia est l’arrivée, en 2016, d’une troisième génération de ganadero en la personne de Pablo, fils de Guillaume et Aurélie sa compagne.
La relève est assurée, les fondations de la ganaderia sont posées ; il reste à José, Guillaume et Pablo à confirmer l’excellente saison 2016 dès ce dimanche à Magescq.

Thierry Reboul


Le cycle des reportages sur les ganaderias du Sud-Ouest reprendra début mars.
Seront présentées les ganaderias du Lartet, Camino de Santiago, L’Astarac et El Palmeral.

 


Voir le reportage photographique : Philippe Latour