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La Espera ou l’envie de créer un élevage de toros bravos en 2017...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Corridafrance vous propose de faire connaissance avec les ganaderias de toros braves du Sud-Ouest. Avec Philippe Latour, nous rendrons visite aux différents éleveurs pour les interroger sur ce qui les a amené à devenir ganadero, l’histoire de leur élevage, leur vision du toro de combat, des difficultés rencontrées et de leurs perspectives pour 2017.

Le club des cinq et la ganaderia basque
A l’inverse de l’étiquette en usage dans les ruedos, nous commencerons par le plus récent des élevages de notre région.
Il s’agit de la ganaderia de « La Espera » propriété de Jean François Majesté créée en 2013 et qui s’installera définitivement en janvier sur le territoire du village landais de Cagnotte entre Dax et Peyrehorade.
Propriétaire de l’élevage et des terres Jean François est aidé dans cette aventure par quatre amis (Franck Betachet, Christophe Brard, Yves Bippus, Christian Guillemin).
Ce club des cinq aficionados a partagé avec la famille Crabos l’aventure de la ganaderia « El Palmeral ». Cet élevage d’origine Atanasio Fernandez par Antonio Ordoñez, était basé près de Bidache au Pays Basque. Les cinq compagnons y ont fait leurs armes d’éleveurs apportant chacun leur part de passion mais aussi de compétences. A force de travail et d’innovations techniques, ils ont résolu les problèmes posés par une encaste aussi passionnante que complexe. Hélas les vicissitudes de la vie font que l’expérience « El Palmeral » prend fin. L’éleveur arlésien Fano reprend fer et bétail dont la majeure partie migre en Camargue. Le Sud-Ouest conservera une partie du patrimoine génétique d’El Palmeral puisque la ganaderia Malabat, dont nous parlerons la semaine prochaine a été constituée avec des achats de vaches et d’un semental par Pascal Fasolo à la famille Crabos.

El Tajo y La Reiña : un projet que les lourdeurs administratives feront avorter
Jean François Majesté souhaite mais ne parvient pas à acquérir le fer d’El Palmeral. Il n’a alors de cesse que de monter son propre élevage. Et là commence une aventure où la cohésion, l’amitié et l’opiniâtreté du groupe des cinq vont être utiles pour surmonter les difficultés
Le principal souci n’est pas de trouver des toros mais quand on n’est ni agriculteur, ni propriétaire foncier de pouvoir acheter un terrain. S’il suffit d’une soirée de « remue méninge » à Pampelune pour choisir le nom de l’élevage, trouver des terres pour y faire paître les toros va s’avérer être un vrai parcours du combattant qui va durer plus de cinq ans.
A défaut de sang Atanasio, Jean François se met en recherche d’une ganaderia dont le toro correspond à ce qu’il considère être le bicho idéal : Il « rêve » d’un animal, exigeant avec de la race et qui transmet au troisième tiers. Il le veut brave et avec cette noblesse piquante qui permet au torero de s’exprimer et au public de vibrer. Cette alchimie complexe entre bravoure et noblesse, le futur ganadero pense la trouver dans les gènes des toros d’El Tajo et La Reiña. Le bétail de Joseilto avait affiché ces qualités lors de deux belles après-midi dans les arènes de Bayonne .
Premier contact avec le maestro et après trois tentaderos, un lot de trente vaches est constitué. Les discussions sont plus difficiles quand il s’agit de trouver un compagnon à ces dames. Jean François se rapproche alors d’Olivier Fernay qui vient de se séparer d’avec Jean Marie Raymond avec qui il avait créé la ganaderia Virgen Maria. D’origine Jandilla, Victoriano del Rio et Garcia Jimenez, les toros de ce fer correspondent aux attentes du futur ganadero et de ses amis. Semental et vaches choisies, le plus dur reste à faire, trouver les terrains. Difficile d’expliquer à un torero avec un fort caractère, que le SAFER n’a pas permis ou autorisé l’achat de terres par un non agriculteur surtout pour y élever des toros de combat. Jean François et ses amis, la mort dans l’âme doivent renoncer à l’achat des vaches du maestro Joselito.

Enfin vaches et sementales sont achetés
Reste la piste Fernay. Fin 2013, un accord est trouvé pour l’achat de 35 vaches ce qui lui permettra d’être intégré au livre génétique du ganado brave français). Nouveau contretemps, l’associé qui devait accompagner Jean François dans le projet fait défaut à la dernière minute. Le nouveau ganadero respecte son engagement d’achat du bétail mais se retrouve sans terre pour l’y installer. La solidarité n’est pas un vain mot entre éleveurs. Le bétail restera en Camargue le temps de leur trouver un point de chute dans le Sud-Ouest, ce qui permettra d’utiliser l’ensemble des sementales d’origine Virgen Maria présent au Mas des Jasses.
La nouvelle ganaderia est créée. Les premières naissances ont lieu et grâce à l’hospitalité de Pierre et Philippe Bats propriétaires de la ganaderia Alma Serena, les mâles des camadas 2014 et 2015 sont transférés dans les Landes près de Saint Sever. Les premiers produits sont tués en privé, des vaches sont tientées en public dont une bonne à Captieux toréée par Jérémy Banti et deux excellentes à Orthez.

Et enfin La Espera a trouvé un « pays » où s’installer
Après cinq ans de recherche, Jean François Majesté profite d’une opportunité pour acquérir un terrain de 30ha à Cagnotte dans les Landes avec la possibilité d’en louer d’autres à proximité. Le temps d’installer le minimum nécessaire et le bétail pourra emménager dans ses nouveaux appartements.

Et maintenant
Espera signifie en espagnol attendre. Jean François et son équipe ont su faire preuve de patience avant de voir gambader leurs protégé(e)s dans les prairies landaises. Je les soupçonne d’être superstitieux et d’avoir choisi Cagnotte pour garantir l’équilibre économique de la ganaderia.
Plus sérieusement, l’objectif du nouveau ganadero est de faire lidier la camada pour partie en privée, pour l’autre en public.
Par exemple l’AAJT Ayuada Jeunes Toreros fera d’une pierre deux coups en aidant toreros et nouvelle ganaderia en faisant lidier en privé des produits du nouvel élevage par les toreros que l’association accompagne.
On verra également le fer de « La Espera » dans les arènes du Sud-Ouest. Mais, chut, laissons les organisateurs annoncer eux-mêmes leurs cartels...
Vendre des toros est le but de tout éleveur mais cela ne suffit pas pour assurer l’équilibre économique d’une ganaderia. La Espera fournira des vaches pour les tentaderos publics organisés lors des matinales des journées taurines gasconnes.
D’autre part la propriété sera aménagée pour accueillir des groupes, taurins ou non, et prendre en pension des chevaux.

Premiers rendez vous 2017
Le 14 janvier Emilio de Justo et Alejandro Marcos tueront deux novillos de la ganaderia « La Espera ». Ce sera le début de la première vraie temporada de cette nouvelle ganaderia française, les cinq amis méritent d’être récompensés après cinq ans d’efforts nécessaire pour voir courir leurs vaches et toros sur « un pays » qui soit le leur.

Corridafrance souhaite à La Espera de trouver sa place dans le paysage ganadero aquitain, et au-delà. Ainsi Jean François et ses amis auront réussi à réaliser ce rêve complètement fou de créer un élevage de toros alors que nombre de ganaderos cessent leur activité.


Thierry Reboul

Photo d'illustration : Figurent sur la photo de gauche à droite Franck Betachet, Jean François Majesté, Christophe Brard, Yves Bippus. Absent sur la photo Christian Guillemin


Voir le reportage photographique : Philippe Latour