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Mont-de-Marsan (24/07/2021 - tarde) : Ferrera met le feu au Plumaçon...

Salida MdM 24072021TLa corrida est affaire de passions. A entendre les aficionados prendre plaisir à raconter et refaire l’encerrona de Ferrera à Mont de Marsan, cette passion n’est pas prête de s’éteindre. Et cela remonte le moral en ces temps de crise.

Bien sûr si on fait une analyse statistique des opinions de chacun. Certains vont crier au génie, d’autres n’auront pas aimé (ou ne seront pas venus pour ne pas voir) Comme toute bonne répartition gaussienne, la majorité exprimera un grand plaisir à avoir vécu cette tarde tout en ayant conscience que tout a été loin d’être parfait. La comparaison qui revient le plus souvent est celle de Ferrera avec Francisco Espla dont on se souvient des éclairs de génie, de la science torera et de la capacité à prendre parfois composer avec l’orthodoxie.
Le pari n’était pas simple d’affronter seul, six toros d’Adolfo Martin dont on sait qu’ils ne sont jamais des collaborateurs naïfs, qu’ils manquent parfois de forces et peuvent s’éteindre ou être très compliqué très rapidement dès le début de la faena . Avec les six toros sortis ce samedi au Plumaçon on a eu tous les cas de figure. Du toro invalide, à celui qui regarde les mollets du torero à celui, tel le dernier, qui manque de fond mais se laisse faire. Toujours typés Albaserrada, pas toujours Adolfo, ils leur a manqué de la force et du fond. Mais Ferrera a assuré le spectacle à lui tout seul et a su composer avec une matière première parfois difficile à travailler.
Ferrera est un torero à part pour ne pas écrire baroque, catégorisation souvent utilisé à tort pour désigner des toreros limités qui utilisent certains artifices spectaculaires pour compenser leur manque de technique. Ce n’est pas le cas du torero de Badajoz. Il a montré tout au long de cette tarde qu’il était un grand technicien Chaque geste est calculé, utile et est fait au moment nécessaire et contribue à la lidia du toro. Ferrera est aussi un artiste dont les faenas ont quelque chose à raconter avec un répertoire large et varié, des attitudes originales et personnelles. Attitudes qui paraissent souvent spontanées mais qui, et le torero est aussi un vrai show man, ne sont jamais le fruit du hasard, car le torero est aussi un metteur en scène, ne privilégient pas la simplicité, car le torero est un vrai technicien et qui transmettent de l’émotion car Antonio Ferrera est un artiste.
Après un paseo, comme toujours pour un solo, porteur d’une charge émotionnelle forte, Antonio Ferrera est appelé à saluer. Il invite les sobresalientes, les cuadrillas et le mayoral à se joindre à lui au centre du ruedo. Que la photo est belle ?
Sort le premier Adolfo Martin. Comme tous les suivants, il est dans le type Albaserrada. Le toro, complètement invalide, se couche, se relève ave difficulté. Mouchoir vert, les choses commencent bien mal.

En premier bis sort le toro prévu en seconde position, le sobrero sortira en quatrième position. Il remate dans les planches, prend une première pique poussant et soulevant le cheval et un picotazo. L’Adolfo, juste de forces, arrive au troisième tiers quasi parado et ne permet aucune faena ; Ferrera n’insiste pas et tue d’un bajonazo après deux pinchazos et une mete y saca. Silence pour le torero et sifflets pour l’arrastre.

Et on passe au suivant ; le second humilie bien dans la cape. Ferrera, comme il le fera à plusieurs reprises, le met en suerte dans le terrain des planches, le picador à l’opposé et seul le maestro est en piste pour le lidier ; L’Adolfo pousse sur une corne à la première rencontre et moins à la seconde qui plus est trasera. Début de faena en douceur car le toro est juste de force ; A droite, le bicho est soso, les séries sont élégantes, le toro humilie bien, mais manque de transmission ; A gauche, il est plus intéressant et permet des enchaînements et des séries qui portent sur le public mais qui ne sont pas dénuées d’élégance. L’estocade entière est efficace. L’arrastre est applaudie ; oreille pour le torero.
Ferrera accueille à la cape le troisième avec précision et élégance. Placé aux planches puis au centre, le toro prend deux piques traseras ; Au contraire du précédent, il humilie, est noble mais reste exigeant. Le torero va pouvoir exprimer son sens artistique tout en dominant son adversaire ; Le toro ne se laisse pas faire mais il est dominé après quatre séries à droite. Ferrera toréé avec temple, très relâché en particulier quand il prend la main gauche. La faena est de celle qu’on savoure. Mise à mort à « la manière de », en marchant vers le toro avant de le citer pour un recibir. L’épée, pas forcément bien placée, est efficace. Nouvelle oreille avec pétition de la seconde à laquelle le Président résiste à juste titre car tout cela est bien mais on attend plus de cette encerrona.

Le quatrième, en fait le 1er bis, pousse à la première rencontre, moins à la seconde trasera. La troisième citée de loin, bien placée est plus légère. L’Adolfo est juste de forces, il a une charge courte à droite que Ferrera en deux séries va allonger. Il ne livre pas à gauche et se retourne vite ; En quelques passes, le Maestro corrige le défaut, et le bicho passe bien à gauche. En quelques muletazos, quasi chirurgicaux, Ferrera a réglé les problèmes posés .L’estocade à la rencontre résulte atravesada et prive le torero de trophées.

Le cinquième bien mis en suerte est très bien piqué. Il pousse lors des deux rencontres, le piquero est invité par son Maestro à saluer. A la muleta, le toro est juste de forces, est avisé et s’éteint très vite . Ferrera abrège et tue mal ; Le toro est sifflé à l’arrastre.

Va sortir le sixième et dernier toro. Les spectateurs ne se sont pas ennuyés. Ils reconnaissent le talent du torero. Mais deux oreilles sont un bilan bien maigre au regard des attentes des aficionados et des ambitions de Ferrera. Le torero de Badajoz sait qu’il va devoir jouer son joker. Par chance, le dernier, même s’il n’est pas un grand toro sera noble et aura une certaine alegria. Après une très belle réception à la cape, Ferrera part au patio de caballos, revient monté sur le cheval en lieu et place de Gabin Rehabi, le picador de turno ; Le public est en ébullition ; Le toro est brave et prend deux puyazos. Ferrera est un bon torero que ce soit à pied ou à cheval et ses deux piques sont superbes. Ce sont les meilleures depuis le début de la Féria, font jouer la musique et se lever le public. Le torero descend de cheval, s’empare d’une cape et le quite qui s’en suit est d’anthologie. Autre grand moment qui fait se lever les aficionados quand Ferrera partage les banderilles avec José Chacon et Fernando Sanchez avec une brega magistralement assuré par Mathieu Guillon. Brindis à Alain Lartigue, le Maestro demande à l’Orchestre Montois de jouer « Opéra Flamenca », hélas les musiciens joueront « Puerta Grande ». La faena ne sera pas celle que Ferrera avait envie de faire car le toro est noble mais manque de forces et d’alégria. Elle comportera de très belles séquences techniques et artistiques dont une superbe de derechazos donnés, le corps relâché, avec temple. L’estocade « à la manière de Ferrera » résulte mal placée mais est très efficace. Deux oreilles et grande ambiance dans les arènes du Plumaçon.

Bien sûr, il y a une part de théâtre dans ce final mais il y a aussi de l’art, de la passion, de la technique et une part d’Humanité portée par un grand Monsieur de la tauromachie. Et combien , il est rafraîchissant , réconfortant de pouvoir vivre et partager ce genre de moment d’estrambord dans le contexte que nous vivons.
Parler, débattre, s’enthousiasmer , s’emporter, être ému c’est aussi revivre et pour cela merci Monsieur Ferrera.

Salut de tous les acteurs à l’issue de la course et en particulier des deux sobresalientes Miguel Angel Sanchez et Alvaro de la Calle omniprésents pour seconder Ferrera dans la lidia.


Fiche Technique : Arènes de Mont de Marsan, samedi 24 Juillet, troisième corrida de la Féria 2021.
Six toros d’Adolfo Martin (dont un sobrero), justes de forces, manquant de fond pour :

Antonio Ferrera, unique espada : silence, une oreille, un avis et une oreille avec forte pétition de la seconde, silence, silence, deux oreilles

Sobresalientes : Miguel Angel Sanchez et Alvaro de la Calle
Treize piques, puyas Bonijol
Cuadra Bonijol
Salut des banderilleros Francisco Sangino et Fernando Sanchez au second, du picador José Maria Gonzales au cinquième.
Antonio Ferrera a piqué le sixième toro puis a partagé les palos avec José Chacon et Fernando Sanchez.
Président Philippe Lalanne
Lleno de COVID
L’été est revenu sur le Plumaçon

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour