Brocas : il est revenu le temps des toros...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Depuis mi-mars, les clameurs de nos arènes s’étaient tues. Ce jour de prise de la Bastille a été celui de la reprise d’une activité taurine dans des conditions presque quasi normales. Bien sûr, il y avait les masques, le gel hydroalccolique, les gestes barrières, quelques antis au loin, mais il y avait surtout pour les aficionados présents le plaisir de se retrouver sur les gradins des arènes pour vivre et partager notre passion commune.

C’est le Cercle Taurin de Brocas qui s’est porté en première ligne pour lancer la phase d’après-confinement pour le monde des toros. La journée a commencé par une course landaise avec les pensionnaires de la ganaderia Dargelos et la cuadrilla de Nicolas Commarieu. Pour reprendre les bonnes habitudes, le repas de l’Aficion a affiché complet.
Tout aurait été parfait si le matador landais Clemente auquel les organisateurs avaient offert une opportunité, n’avait pas annoncé à midi qu’il ne souhaitait plus toréer à Brocas et qu’il déclarait forfait.
Clemente s’exprimera probablement sur les raisons de son choix mais il est regrettable que sa décision ait été aussi tardive tant par rapport aux organisateurs qui lui avaient donné une opportunité que vis-à-vis du public qui s’est déplacé.
Cette décision a placé les organisateurs devant le fait accompli et a alimenté nombre des discussions avant et après la course. Difficile de trouver un remplaçant les organisateurs ont demandé à Cristian Escribano de prendre en charge les deux toros prévus ce que l‘espagnol a immédiatement accepté.

C’est la ganaderia locale Malabat qui avait la charge de fournir le bétail. Correctement présentés pour la placita et le contexte, les bichos de la famille Fasolo ont contribué à donner de l’intérêt à cet après-midi taurin. Dans le type de l’encaste Atanasio Fernandez, au physique et au moral, ils n’ont pas donné de grands premiers et second tiers, mais au troisième ils permettaient aux toreros de s’exprimer tout en les obligeant à lidier avec sérieux et autorité. Preuve en est donnée encore une fois de plus, que les toros de cet encaste et de ce fer ne méritent pas l’ostracisme dont ils sont victimes de la part des organisateurs, toreros et d’une partie du public ;
Le premier donne des coups de tête dans les premiers capotazos de Cristian Escribano. Au cheval, il se défend tout d’abord sous le fer puis il pousse ; La seconde rencontre n’est qu’un simple picotazo. Il accroche la muleta quand le torero le double. A droite, il a tendance à regarder le toro avant de mettre la tête dans le leurre. A gauche c’est plus compliqué. Escribano insiste avec application sur la meilleure corne. Et comme souvent les Atanasio, le toro s’améliore, passe de mieux en mieux . Il permet au torero d’aller lui aussi à mas et d’enchaîner de bonnes séries de derechazos. Sur l’autre côté, c’’est plus difficile, Escribano, sur ce piton, reste sur la défensive et a du mal à trouver le sitio ce qui ne pardonne pas face à ce type de toro. A droite, le bicho est donc allé à mas et il est dommage que le torero ne lui donne pas deux séries de plus sur cette corne. Le torero de Getafe fait une vuelta après une demi-épée et un descabello.
Le second est abanto à son entrée en piste mais Yon Lamothe arrive rapidement à le fixer pour lui donner de bonnes lances de cape. Le novillo est juste de forces. Il pousse sous l’unique pique. Quite du landais par chicuelinas, Thomas Ubeda pose une bonne paire de banderilles. Le Malabat est très noble mais il est juste de forces et fléchira à plusieurs reprises lors de la faena, Bon début à droite , à gauche le novillo baisse de rythme ;Il manque de transmission même si le torero réduit les terrains et toréé sur un petit périmètre Yon a gagné en sérénité et construit une fin de faena structuré là où il y a quelques temps il aurait été brouillon. Dommage que le bicho ait manqué de force ce qui ne lui a pas permis d’exprimer sa noblesse et au torero de l’exploiter. Final par luquesinas, Yon fait une vuelta après une entière très basse et un pinchazo.

Escribano a envie de briller. Il accueille le troisième par des largas et véroniques de rodillas. Le bicho pousse un peu au cheval avant de sortir seul au contact du fer .Débuts de faena le long des planches avant d’amener le toro au centre du ruedo. Au début de la faena, le Malabat, à droite et à gauche, se retourne vite .Sur la seconde série, le torero signe un très bon pecho. Le toro est sérieux ; Il a un vrai fond de caste et transmet. Il va à mas et tout en nécessitant d’être toréé avec autorité, il permet au torero de s’exprimer et d’enchaîner une bonne série sur chaque corne avant un final intéressant par molinetes et manoletinas. Une oreille vient récompenser l’application du torero malgré une mise à mort en plusieurs temps.
Le quatrième est lui aussi dans le type de l’encaste. Il est juste de forces et est peu piqué. Après un bon tercio de banderilles, Solalito le brinde à Marlène Fasolo et Henri Tilhet qui sont à l’origine du montage de cette Fiesta Campera. Le nîmois commence sa faena de rodillas, le novillo fléchit. Le Malabat est noble. Bonne série à droite, puis le novillero se fait accrocher sur les premières naturelles.
Les deux suivantes sont pus brouillonnes. Sur la dernière passe, Solal trouve le sitio et peut enchaîner sur deux bons derechazos. Le bicho va à menos. Le final de la faena est heurté et accroché avant une mise à mort laborieuse. Il coupe quand même une oreille contestée par une partie du public.

Pour clore cette après-midi taurine, Tristan Barroso toréé un novillo de la ganaderia Dargelos d’origine Banuelos. Le jeune torero, maintenant élève de l’Ecole Taurine de Badajoz, a fait des progrès. Il saura profiter avec élégance à la cape et à la muleta de la très bonne corne droite du becerro. A gauche, c’est plus compliqué et il a du mal à trouver les solutions aux problèmes posés par le Dargelos. Il revient à droite pour une bonne fin de faena avant un simulacre d’estocade engagé.

Fiche technique
Mardi 14 Juillet, Arènes de Brocas, Fiesta Campera
Deux toros (1 et 3) et deux novillos de Malabat, correctement présentés, sérieux,transmettant de l’émotion et permettant aux toreros de s’exprimer pour
Cristian Escribano : vuelta, une oreille à celui tué en lieu et place de Clemente forfait de dernière minute
Yon Lamothe : vuelta
Solalitio : une oreille
Un becerro de Dargelos en capea pour
Tristan Barroso : vuelta
Salut des ganaderos Pascal et Marlène Fasolo à ‘l’issue de la course
Cinq piques, cavalerie Bonijol
Animation musicale : Peña Al Violin
Président : Pierre Nogues (Roquefort)
Belle entrée pour cette course de reprise
Météo estivale

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour