Dax (08/09/2019 - tarde) : Perrera et Luque à hombros...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Si on en croit Francis Wolf, la tauromachie est inclassable. Ce n’est ni un art, ni un spectacle, ni un rituel…. Par contre, et la corrida de ce Dimanche en est l’illustration, c’est le monde des paradoxes et il n’existe aucune loi mathématique qui peut permettre de modéliser le comportement des toros, des toreros et du public.

Sans que cette course n’ait atteint des sommets, on a vécu des moments intéressants. Et ce même si un des termes de l’équation était proche de la valeur zéro d’un bout à l’autre de la course. Comme à Bayonne (et en Juillet) les toros de Luis Algarra sont sortis correctement présentés mais manquant de race, de fond et aussi de forces. Comme à Lachepaillet, ils sont allés à menos. Il a fallu la technique de Perrera et Luque pour transformer (et parfois théâtraliser) des faenas insipides en moments qui touchent ou font vibrer tout ou partie des gradins. Par rapport à la corrida de Bayonne, la course est allée de menos à mas ce qui contribue à masquer l’indigence du lot de toros.

Le premier sera le moins bien présenté du lot. Il a peu de tête. Il pousse à la première rencontre et prend un picotazo. Il est juste de forces. Perrera le cite de loin pour enchaîner des cambiadas et un pecho. Suivent quatre séries marginales, sans peser sur un toro qui fléchit et va à menos. A la cinquième, il tire trois derechazos un peu plus sincères avant d’être désarmé. Final par manoletinas, avant une mise à mort très laborieuse avec l’épée puis le descabello. Le Luis Algarra tombe à la limite du troisième avis.
Luque reçoit, à la cape, avec beaucoup d’élégance le second toro. Le bicho est faible, il est économisé à la pique. Il sort seul de la deuxième rencontre avant de faire une vuelta de campana. Luque met le toro au centre de la piste. Le Luis Algarra se défend par le haut à chaque sortie de passes. Le bicho manque de race et le torero reste très marginal. Peu de chose à retenir d’une faena conclue par un bajonazo.
Malgré tous ses efforts, Pablo Aguado ne pourra pas tirer de muletazos à un toro complètement décasté. L’estocade est en avant et atravesada. Le toro est sifflé à l’arrastre.
A ce moment là de la course, on a encore rien vu et la côte des Luis Algarra est au plus bas.
Le quatrième toro est un invalide qui est économisé à la pique. Javier Ambiel salue après un bon tercio de banderilles. On s’attend à ne pas voir grand-chose. C’est compter sans la technique de Perrera. Le torero de Puebla del Prior va construire une faena sur un petit mouchoir. Il tire en minimisant les déplacements du bicho des muletazos plus spectaculaires que profonds mais qui plaisent au public. Il créé une faena avec une matière première de second ordre. Presque tout le public des arènes de Dax connecte avec le torero en particulier avec le final trémendiste par luquecinas. L’estocade entière est tombés et les gradins demandent et obtiennent deux oreilles.
Le cinquième est morphologiquement différent des quatre premiers. Luque, et c’est une marque de fabrique chez lui, enchaîne de superbes passes de cape. Tercio de piques à minima, le torero de Gerena brinde au public. Le toro manque de race mais a un petit fond de noblesse. Luque, qui ne veut pas être en reste après le succès de Perrera, invente une faena faite d’élégance et de temple. Le toro va à menos et transmet de moins en moins. Le torero va chercher ses deux oreilles en enchaînant trois séries de luquecinas de plus en plus serrées. Le public est debout ; Pour compléter la théâtralisation de la faena, Luque s’engage pour une bonne entière, jette sa muleta au toro pour qu’il vienne mourir dessus. On est loin de l’émotion et de la sincérité de Vic ou Bayonne, si ce n’est sur la dernière série, mais Luque coupe deux oreilles et est fêté par le public.
Le dernier toro sera le plus noble et le moins faible du lot. Superbe réception à la cape par un Pablo Aguado qui veut participer lui aussi au triomphe. Le bicho prend une grosse pique carioquée puis un picotazo. Le sévillan va construire et réaliser une faena élégante, avec beaucoup de temple et recherche artistique. Dommage qu’il ne se croise pas plus (sauf sur les deux dernières séries, les meilleures de la faena et peut être de l’après-midi). Il a aussi du mal à se connecter avec le public qui passe à côté de certains très bons muletazos. En vrai Luis Algarra, le toro va rapidement à menos et s’éteint. La faena, qui manque d’artifices, va elle aussi à menos. Pablo n’est pas un bon tueur mais avec ce toro il sera au moins un tueur efficace ce qui lui permet de couper une oreille.
A l’issue de cette corrida, les trois toreros, chacun dans son style, ont conservé leur cartel. Par contre les Luis Algarra, après trois mauvaises sorties en France cette saison, ont gagné le droit de ne plus revenir.


Fiche technique :
Arènes de Dax, deuxième corrida de Toros y Salsa
Six toros de Luis Algarra, correctement présentés, manquant de forces, de race et de caste pour :

Miguel Angel Perrera : deux avis et silence, deux oreilles
Daniel Luque : silence, deux oreilles
Pablo Aguado : silence, une oreille

Salut de Javier Ambiel au quatrième
Douze piques, cavalerie Bonijol
Président : Franck Lanati
Trois quarts d’arène
Météo agréable

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour