Dax (07/09/2019) : Grande porte pour Emilio de Justo...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Malgré la sortie par la grande porte et les oreilles coupées, ce solo d’Emilio de Justo laissera au torero et au public un goût d’inachevé. La faute en incombe à une corrida de Victorino Martin dans le type mais inégales de présentation.

Au moral, c’est un lot compliqué, dangereux, tous coupaient à la sortie des pechos. Ils ont manqué de poder, de force, de caste et de transmission. Ils n’ont pas par contre manqué sournoiserie. Le public a fait comprendre au ganadero sa déception quand il lui a demandé de rester sur les gradins alors que De Justo l’avait invité à venir saluer en piste. La corrida a été éprouvante pour le torero qui n’a jamais pu se libérer. A l’exception du troisième noble dont il a su « corriger la faiblesse », le torero a passé son temps à essayer de régler les problèmes posés par des toros qui n’offraient que très peu d’options. Il a aussi mal tué ses quatre premiers adversaires, ce qui l’a privé de trophées à l’issue de sa troisième faena pourtant la meilleure de la tarde. On peut, et une partie du public l’a fait, contester les première et la dernière oreilles accordées. Si ce n’est qu’elles sont venues récompenser, surtout la dernière, l’application et les efforts du torero.

Le premier, léger, dans le type, est juste de forces. Il prend deux piques légères. Le bicho est noble, limite soso. Il accroche la muleta sur la seconde série à droite.et est dangereux sur le pecho. De Justo enchaîne une bonne série de derechazos. A la suivante, il se retourne vite et ne permet qu’une ou deux passes . A gauche, le Victorino est compliqué et ne permet pas grand-chose. Dernière série à droite pour un toro qui est allé à menos et un torero qui essaie de bien faire, la mise à mort est laborieuse, silence.
Bonne réception à la cape au second, le toro, faible, prend deux piques légères sans pousser. Brindis au public et doblones élégants, De Justo commence sa faena par une bonne série à droite. Rapidement le bicho devient tardo et raccourcit sa charge. A gauche, le torero prend rapidement la mesure du Victorino et peut enchaîner deux séries de naturelles méritoires et plus relâchés (dans la mesure du possible face à ce type de toro). Retour à droite pour une série plus quelconque avant un pinchazo, une entière à la rencontre et un descabello, le palco accorde une oreille qu’une partie du public conteste.
Le troisième est très faible, et est économisé au cheval. Il tombe à deux reprises au second tercio. Le toro est noble mais ne tient pas debout. De Justo le toréé par le bas, le toro prend deux passes puis fléchit à la troisième. Avec intelligence, le torero finit les passes suivantes en remontant la muleta. Lidié ainsi, le toro va à mas et permet à Emilio de lier les meilleurs muletazos de l’après-midi. Il enchaîne deux séries à gauche où malgré le manque de longueur de charge du toro, le torero peut toréer avec plus d’expression artistique. Retour à droite pour une série de derechazos en baissant la main avant de grandes « naturelles » de la main droite sans utiliser l’épée. La faena est de celles où l’on coupe à condition de bien tuer. L’épée va trahir à nouveau le torero de Cacérès.
Le quatrième ressemble plus à un Adolfo qu’à un Victorino. Il pousse à la première rencontre, la seconde est plus anecdotique. Il est dangereux, sournois. Il transmet plus de peur que d’émotion. C’est presque une alimaña. Sur les deux premières séries, il se défend et prend le dessus sur le torero. De Justo se reprend, s’arrime et livre un combat qui le fait connecter avec le public. Le toro est exigeant, se retourne vite mais le torero fait face avec courage et efficacité. Le torero de Caceres perd à nouveau l’oreille à l’épée (un pinchazo, une demie en avant tombée).
Le cinquième est lui aussi bien reçu à la cape. Il prend une première pique sans pousser et une seconde en sortant seul. A l’issue du premier tiers, il semble accuser le coup mais il faut toujours se méfier des Santa Coloma. De Justo brinde à Guerrita Chico et Jérémy Banti les deux sobresalientes. Le toro s’est repris. Il se retourne vite et accroche la muleta sur la première série. Le torero s’applique mais a du mal à peser sur un toro qui offre plus de problèmes que d’options. Le Victorino baisse de ton, transmet peu en fin d’une faena qui va à menos malgré les efforts de De Justo. Enfin le matador renoue avec la réussite avec les aciers. Il coupe une oreille après une entière portée avec engagement et qui bien que tombée, est efficace.
Le sixième pousse à la première rencontre, la seconde est anecdotique. José Chacon, excellent à la brega tout au long de la course, salue avec Miguelito après un excellent tercio de banderilles. Le toro est un manso. Il se retourne vite. Comme au quatrième, De Justo joue la carte du courage et d’une lidia efficace. Il y a de l’émotion parce que le toro est dangereux. Le torero, physiquement marqué et fatigué, recule un peu en fin de faena. Il rassemble ses forces pour porter un très grand coup d’épée qui fait tomber deux oreilles du palco, la seconde récompensant plus « l’ensemble de son œuvre ».
De Justo sort par la Porte Principale sans que ce solo ne soit une grande course. Le torero a fait front avec courage aux problèmes posés des Victorinos mansos et sans grandes qualités. Dommage qu’il ait mal tué en particulier en conclusion de sa troisième faena, la meilleure et la plus aboutie de la tarde.

Fiche Technique :
Arènes de Dax, première corrida de la Féria Toros y Salsa.
Six toros de Victorinos Martin, inégaux de présentation, manquant de forces, de race et de fond pour
Emilio de Justo, seul matador : silence, une oreille, deux avis et silence, salut, une oreille, deux oreilles
Salut de José Chacon et Miguelito après avoir banderillé le sixième
Douze piques, cuadra Bonijol
Sobresalientes : Guerrita Chico et Jérémy Banti
Président : Bernard Sicet
9/10èmes d’arène
Météo de presque été indien

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour