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Mimizan (24/08/2019) : une oreille de poids pour Alejandro Marcos...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Il y a toujours un risque à répéter trois années de suite un élevage. Souvent la maxime « jamais deux sans trois » ne se vérifie pas et la troisième corrida est celle de la déception. Le début de la corrida de Mimizan nous faisait craindre un lot inférieur à ceux de 2017 et 2018.

A partir du quatrième, la corrida est allée à mas avec des toros bien faits et armés et qui offraient des possibilités sans être des collaborateurs naïfs. Dommage que la terna, à l’exception de Marcos au dernier, soient restées, malgré les oreilles distribuées, en dessous des qualités des toros de Loreto Charro Santos. Dommage aussi que les tercios de piques aient été bâclés alors qu’un peu de lidia et d’application (pour rester soft) des piqueros auraient permis de mesurer le niveau réel de bravoure des différents bichos.

Le premier remate fort faisant un trou impressionnant dans les planches. Il prend sans être mis en suerte une pique trasera. Manuel Escribano pose deux paires à cornes passées avant de s’appliquer pour la troisième. Après un brindis au public, il cite le toro qui vient de loin avec une certaine noblesse. Dès la seconde série, le Loreto Charro se freine et raccourcit sa charge. A gauche, il s’arrête à mi passe et se défend. Dès la quatrième série, il marche et à la cinquième, il est éteint. A partir de ce moment là, Escribano toréé le public et prolonge au-delà du nécessaire sa faena. Il doit faire usage du descabello après une entière légèrement tombée. Pétition minoritaire des fans et salut, de sa propre initiative, du torero.

Le second, manso au cheval, est mal piqué (en arrière) à deux reprises. Il est par contre très bien banderillé par Alberto Zayas et Rafael Gonzales Amigo qui sont invités à saluer. Alvaro Lorenzo double le toro qui attaque la muleta avec une certaine énergie. Tentative à droite, le bicho se retourne vite et n’inspire pas confiance au torero qui ne le citera plus jamais sur ce piton. La faena, uniquement gauchère, commence par une bonne série puis va très vite à menos, le toro baissant de ton, se rapprochant des planches avant de s’éteindre. Traditionnel final de dos pour essayer de donner du relief en fin de prestation, mais le toro ne permet pas grand-chose et Lorenzo doit se contenter de saluer après une entière trasera et tombée.

La troisième remate fort sur un burladero. Lien de cause à effet ? Il est invalide et le président sort le mouchoir vert. Il est remplacé par un exemplaire du même fer. Ce sera le plus léger mais aussi le plus armé du lot. Le picador, partisan du déplacement minimum, le pique à la sortie du patio de caballos avec la complicité des peones. Dommage car le toro pousse sous le fer et aurait mérité d’être vu dans d’autres conditions. Alejandro Marcos toréé avec finesse à la cape et le prouve dans un bon quite après ce qui sera l’unique rencontre avec la cavalerie. Le toro répond bien aux sollicitations de la muleta. Marcos l’amène au centre du ruedo pour commencer sa faena. A une première série sur le voyage succède une seconde où le torero arrive à maîtriser la charge violente et pleine de genio du bicho. Très vite le Loreto Charro va à menos à droite. A gauche, il a une charge courte et se retourne vite. Globalement ce sobrero manque de fond et de race. Alejandro Marcos après un pinchazo et un tiers de lame, prend le descabello. Le toro finit par tomber après un grand nombre de tentatives.

Cela fait plus d’une heure et demie que la course a commencé et pour l’instant l’ensemble est bien décevant.

Escribano reçoit le quatrième, bien fait et armé, par une larga afarolada de rodillas. Le toro est correctement mis en suerte et prend un puyazo en mettant les reins. Dommage qu’il n’ait pas été remis au cheval une seconde fois. Escribano, qui a besoin de couper des oreilles pour redorer le blason d’une saison bien terne, sort le grand jeu au second tercio. Il pose trois bonnes paires, cette fois-ci dans les cornes, avant d’en poser une très belle quatrième al violin et al quiebro en sortant dans les planches. L’autre torero de Gerena brinde au public. Le toro est noble, mobile. Il possède une bonne charge qu’Escribano n’’exploitera pas. Il l’utilisera pour construire une faena très superficielle et pueblerina destinée à s’attirer les faveurs du public. Il ne se croise pas, reste sur le pico et toréé sur le voyage gâchant un très bon toro qui finit, l’ennui le gagnant, par partir aux planches. Le public se laisse piéger et demande, et malheureusement
obtient, deux pavillons après une entière habile, basse et efficace. Matias Gonzales n’aurait pas cédé mais on n’est pas à Bilbao.

Le cinquième a presque six ans. Il fait son âge tant au plan physique avec du trapio et du bois que moral avec une sortie au pas, regardant au dessus des planches rendant impossible la pose de la devise. Il a un comportement bizarre au cheval cherchant à atteindre le cavalier et faisant le tour du cheval avant de pousser sous le fer. Il prendra un second puyazo « de défense » après la sonnerie. Dommage qu’il n’ait pas été mis en suerte pour une seconde rencontre dans des conditions plus normales. A la muleta, le bicho a de la caste avec de la personnalité. Il sera exigeant, demandant les papiers et créant une certaine émotion. Alvaro Lorenzo va alterner des passages sincères, élégants et qui pèsent sur le toro avec d’autres plus superficiels et qui laissent le bicho, maître des débats. L’ensemble est honnête mais ce toro entre d’autres mains, plus expertes et expérimentées, aurait permis une toute autre faena. Le toro finit dans le terrain des planches là où Alvaro Lorenzo décide de le tuer d’une entière basse et efficace. Le toledano coupe une oreille.

Deux toros intéressants sont passés, le premier gâché et le second sous exploité.

Le sixième, très joliment présenté, répète dans la cape d’Alejandro Marcos. Bien piqué (enfin) il prend un premier puyazo en s’arrêtant rapidement de pousser et il sort seul de la seconde rencontre. Le toro arrive à la muleta avec de la charge mais aussi avec un coup de tête systématique en fin de passe. Après avoir été doublé, il est cité sur la corne droite par le torero. Le bicho répond avec une certaine violence ou du moins avec un caractère certain. Il se retourne vite. Il faut attendre la troisième série, la première à gauche, pour voir le torero peser sur le toro à la dernière passe de la séquence. Le Loretto Charro se défend encore à la suivante puis le torero arrive à prendre le dessus pour un final de faena qui comportera les meilleurs muletazos de l’après-midi. La dernière série de naturelles de face très sincères sera le meilleur moment tauromachique de la tarde. Comme le torero tue d’une entière plate mais efficace car basse, il coupe une oreille de bien plus de poids que les deux coupées par Escribano.

 

Fiche technique :
Arènes de Mimizan, neuvième corrida des Fêtes
Six toros de Loretto Charro Santos, dont un sobrero (3ème bis), les trois derniers très bien présentés avec de la race et de la caste pour :

Manuel Escribano : un avis et silence, deux oreilles (au moins une de trop)
Alvaro Lorenzo : un avis et salut, un avis et une oreille
Alejandro Marcos : un avis et silence, une oreille

Salut au second d’Alberto Zayas et Rafael Gonzales Amigo
Neuf piques (une après la sonnerie), rarement de qualité
Cavalerie Bonijol
Président : Franck Lanati
Deux tiers d’arène
Soleil et quelques moments plus couverts en milieu de corrida.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour