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Maubourguet (19/08/2018) : Nobles mais faibles...

Maubourguet est un de ces villages où une bande d’irréductibles aficionados essaient de maintenir la tradition taurine. Chaque année, ils montent une novillada non piquée et depuis quelques années, ils ont la main heureuse pour le choix du bétail. Malheureusement il y a forcément des années sans et 2018 sera un de ces temporadas.

La faute en incombe aux novillos de Maria del Sagrario Huertas Vega (Santa Coloma par Saltillo). Très hétérogènes de présentation, ils ont tous manqué de forces. Très nobles avec tous une très bonne corne gauche, ils n’avaient pas les moyens physiques d’exprimer cette noblesse. Les plus faibles se sont éteints après être tombés plusieurs fois, les moins faibles ont viré soso, suivant « fidèlement » la muleta en marchant au pas. Les trois jeunes toreros ont fait ce qu’ils ont pu pour animer la course mais c’est compliqué quand l’opposition ne transmet pas d’émotion.

Le premier est petit et léger ce qui contraste avec la taille de Yon Lamothe qui doit le toréer. L’eral, abanto jusqu’aux banderilles, tombe dès le second muletazo à droite. Quel que soit le côté où le torero landais le cite, l’eral répond mais n’a pas la force de charger. A gauche, il humilie, met la tête mais il ne faut pas trop l’obliger car il fléchit. Le toro baisse de ton ce qui oblige Yon à le toréer à mi hauteur et la faena va à menos. Le Huertas Vega finit par partir aux planches. Silence pour le torero.

Le second est un peu plus haut mais manque de volume. A gauche, il humilie bien et suit la muleta mais manque de transmission car juste de forces. Il tombe en début de faena. Miguel Aguilar, habitué au Mexique aux Santa Coloma arrive à tirer deux bonnes séries avant que l’eral ne baisse trop de ton. En fin de faena, le bicho ne peut plus humilier et raccourcit sa charge. Le torero mexicain fait une vuelta après une entière en place.

Le troisième est le mauvais garçon de la troupe. Insupportable aux corrales, il est plus costaud que ses collègues et est armé large et astifino. Il secoue Tristan Espigue lors d’une véronique. A la muleta, il charge en secouant les cornes comme ces cocardiers aux coups de tête qui empêchent les raseteurs camarguais de mettre la main sur le frontal. Tristan va s’appliquer, essayer de corriger ce défaut et arrivera à enchaîner quelques muletazos honorables sur la corne gauche. Le torero est crispé et le toro de moins en moins clair, la faena va à menos. L’arlésien salue après une mise à mort difficile.

Le quatrième est plus haut et plus costaud. A gauche, comme tous ces congénères il humilie bien. Comme il a un peu de forces, il permet à Yon Lamothe, en toréant par le bas, de réaliser de bons muletazos même si leur transmission est limitée par le manque de chispa du novillo. La faena va même à mas mais la faiblesse reprend le dessus et le Huertas Vega raccourcit sa charge. Le torero s’engage pour tuer. L’épée est basse et longue à faire effet. Cela n’empêche pas une pétition d’oreille que le président ne suit pas ce que certains discuteront .La question du jour est « doit-on sanctionner une épée basse, ou récompenser un novillero qui s’est appliqué et en profiter pour lancer une course qui a du mal à démarrer ? » Dans un contexte d’arène où le public n’est pas taurin, a besoin de vibrer pour revenir l’an prochain, cela se discute même si le fait de ne pas faire n’importe quoi se respecte. Yon doit se contenter de saluer.

Le cinquième est léger. Il semble avoir de la force à sa sortie en piste mais très vite il tombe et boîte après s’être relevé. Miguel Aguilar est un fin torero. Le novillo à une bonne corne gauche et le torero sait l’exploiter. Malheureusement la faiblesse prend le dessus et transforme un toro noble en toro soso et la faena perd tout intérêt malgré la bonne volonté du torero. Le mexicain salue après une entière qui a succédé à deux pinchazos hondos qui ont bien failli être suffisants.

Le sixième est abanto. Yon Lamothe lui sert un bon quite par chicuelinas. Tristan Espigue va s’appliquer, faire l’effort nécessaire pour exploiter la noblesse de son eral qui lui aussi humilie et passe bien à gauche. Malheureusement, comme les cinq premiers, le Huertas Vega est faible. Très vite, il se met à charger en marchant . Comme le précédent, il vire soso. Le jeune torero essaie mais la faena ne transmet pas d’émotion, va à menos et est mal conclue à l’épée.

Pascal, le président est déçu, toreros et public aussi. Mais ce sont choses de toros. Il ne faut pas oublier les années où, en particulier grâce aux Coquillas, cela avait très bien fonctionné. L’équipe de Maubourguettoros a un an pour préparer la prochaine novillada.


Fiche technique
Arènes de Maubourguet, novillada non piquée des Fêtes 2018
Six erales de Maria del Sagrario Huertas Vega (origine Coloma Saltillo) justes et hétérogènes de présentation , nobles mais trop faibles pour offrir des options aux toreros, pour :

Yon Lamothe : silence, un avis et salut après pétition
Miguel Aguilar : un avis et vuelta, un avis et salut
Tristan Espigue : salut, un avis et silence

Président : Michel Raymond (Castelnau Rivière Basse)
Un peu plus d’un tiers d’arène
Soleil et chaleur

Thierry Reboul