Son second, le Gallon fut aussi intéressant dans le cheval, chargeant d'une distance modérée mais poussant pas mal. Après avoir brindé à son meilleur ami, "Estocado", c'est le nom de son novillo, fut bon bien que demandant du métier et s'engouffra sans complexes dans le leurre d'un novillero cultivant la profondeur jusqu'à vous donner des frissons. Cet exemplaire se déplaça bien dans le leurre, obéissant à chaque toque mais ne devant absolument pas toucher le muleta sous peine de laisser présager une pointe de violence. L'attaquant plus à droite et le menant en ligne droite, Tomasito se résolu finalement à un rythme cadencé par quelques recroisements nécessaires, toujours dans une attitude classique appréciée. Une demie lame et un coup de descabello.
Il accueillit son impressionnant Tardieu par une puerta gayola réussie. Ce dernier prit une première pique rapide, 2eme sans conviction, 3eme en poussant plus mais sortant seul et arriva pourtant frais comme un gardon dans la muleta. Demandant une grande expérience et un moral à tout épreuve, il avertit Thomas à plusieurs reprises. Celui-ci ne se démonta pas et finit par lui baisser la main, enlevant enfin un peu de moral à cet insatiable adversaire. Il finit aussi par trouver une astucieuse solution pour éviter ces hésitations répétées, le faire charger de plus loin pour que, emporté par son élan, il ne mesure pas le torero comme il le faisait tellement de près. Un pinchazo, une entière, un oreille.
Juan del Alamo hérita du François André. Il débuta très engagé à la cape, aidé d'un novillo très mobile et prompt au toque. Il prit d'ailleurs une pique en s'employant bien dans le cheval. A la muleta le salmantin débuta sans trop aider son novillo qui en avait pourtant besoin. Il fut donc plus suave par la suite sous les conseils de ses banderilleros, et put donc dévoiler les tendances de ce novillo sans vices mais quelque peu arrêté par la faiblesse. A force d'obstination il réussit à lui puiser tout son fond caché. Il lui extirpa même une série de manoletinas rafraichissantes.
Reçut avec plus de douceur son Jalabert, ce dernier plutôt hésitant, allant trois fois au cheval sans conviction. Il attrapa d'ailleurs violemment son torero à gauche. Couroucé, Juan del Alamo revint à droite pour "péguer un arrimon" considérable, stoïque même quand le novillo s'arrêtait à sa hauteur. Il le fit rompre au fil des minutes, ayant totalement pris le dessus. Une formidable entière foudroyante et une oreille pour le courage.
C'est donc avec l'exemplaire de La dos Hermanas que l'alchimie se produisit. Après une impressionnante puerta gayola lors de laquelle le novillo sauta carrément au dessus du torero, ce dernier s'attacha à beaucoup lui baisser les mains à la cape pour ralentir une telle fougue. Après un pique lors de laquelle il poussa pas mal, il servit un époustouflant début de faena, de dos au novillo, sans même le regarder et le faisant passer on ne peut plus près. Il opta ensuite pour la douceur face à ce novillo de bon fond mais demandant du temps, ce que Juan del Alamo lui offrit. Ce répit accordé, cet adversaire se réveilla dans la muleta, allant à mas au fil des séries, surtout à gauche où il dévoila une grande noblesse, humiliant beaucoup et suivant jusqu'au bout un leurre mené avec un vrai temple. Se laissant submerger par le plaisir, il exploita à fond les grandes possibilités du novillo jusqu'à lui offrir une vuelta posthume méritée et couper deux oreilles.
Marie Barcelo |