Il brinda ensuite à son companero Sebastien Castella avant de débuter à la muleta par quelques statuaires dans les planches sans prendre un pas de terrain, puis resta dans cette zone afin d'éviter les dangers provoqués par le vent. Ce toro d'abord irrégulier à droite se plia finalement dans la main gauche du torero qui, tout en musique, batailla pour faire vivre son émotion, batailla surtout contre le vent. Trois quart de lame efficace. Une oreille.
Il resta toujours aussi courageux à la cape, terminant par une demie-véronique à l'ancienne toute personnelle. Lors de la première rencontre le toro renversa la cavalerie puis poussa par a coup lors de la seconde. Celui-ci arriva encore très en forme aux banderilles, mettant le maestro en danger. Ce dernier lui baissa donc beaucoup la main à la muleta. Il profita de ces assauts énergiques pour entrainer le public dans ce sens, affichant un sourire radieux et toréant avec sincérité. Un pinchazo, une entière et deux oreilles.
Javier Conde (Gris et argent) se posa avec classe sur quelques véroniques ralenties puis mena son toro pour une première pique lors de laquelle il poussa pas mal puis sortit seul. La deuxième fut moins convaincante. A la muleta au contraire il chercha à emmener son toro vers le centre puis prit son temps, énormément de temps... avant que, sans que personne ne sache pourquoi ni comment, il se réveilla tout à coup pour créer une série droitière rassemblant la placement, le toque parfait et du temple. Le temps passa encore puis les sifflets le réanimèrent pour une série où le vent qui semblait pourtant être la cause de tant d'attente sembla avoir disparu. Deux pinchazos, une demie-lame et un coup de descabello.
Il sembla plus déterminé à la cape en recevant son second toro puis le mena pour une longue première pique puis une second plus légère. Il débuta ensuite par doblones stylisés et une attitude des grands jours: la jambe raide, le coude relevé, et des paroles visant directement le public comme: "vamos a torear con el corazon". Il élargit peu à peu le compas puis se relâcha sur quelques naturelles aidées par le bas surprenantes, gagnant l'entière bénédiction du public. Mais rien de tout cela n'aurait eu lieu sans un tel allié d'une mobilité insatiable dans les derniers redondos interminables. Dommage que l'heure tourne car il aurait pu le toréer encore sur plusieurs séries! Une entière atravesada, un coup de descabello.
Sebastien Castella (mauve et or) reçut son premier avec une désinvolture fascinante et deux medias d'un autre monde. Une seule pique légère avant qu'il brinde au public un sourire en coin. Il s'impliqua ensuite avec une immense lenteur face aux charges rapides et parfois violentes de son adversaire. Passé près de la bousculade, il se rattrapa sur une naturelle par le bas transcendante. La suite ne fut que délire et poésie. A partir de ce moment la montera initialement retombée à à l'envers fut retournée l'air de dire "c'est moi qui dirige ma chance". A l'endroit, à l'envers, à gauche, à droite, en ligne droite, tout se confondit peu à peu dans un seul muletazo légèrement entrecoupé de toques plus suave les uns que les autres. Même un violent coup de patte dans le tibia n'y changea rien. Son toro quant à lui fut évidement vite diminué mais continuant à charger avec allant et surtout une noblesse délicieuse. Un pinchazo, une entière puis encore une série de naturelles. Comme quoi même touché à mort ce toro continua de charger, puis il tomba après le pecho. Deux oreilles.
Son deuxième toro fit des choses bizarres à la cape, chargeant sans le voir à droite semblait-il. Il commença donc à gauche muleta en main mais n'insista pas de ce côté. A droite il alla intelligemment chercher l'œil gauche, non pas comme solution de facilité mais plutôt pour corriger son toro. Stratégie réussie puisqu'au fil des séries il rendit ce défaut invisible. Métamorphosé à son tour et à sa manière, il cultiva la sincérité jusqu'à l'extrême, le don de soi et le mando avec un grand M, et tout cela avec ampleur et profondeur SVP! Le toro finalement vidé de ses forces garda néanmoins un grand cœur, dévoilant une réelle classe et une collaboration appréciée du maestro qui n'en finit plus de créer et recréer son œuvre. Une entière. Deux oreilles.
Marie Barcelo
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