Il partit à son tour à puerta gayola l'air de dire "je suis bien obligé!", étant le seul à n'avoir pas encore réalisé cette figure audacieuse. Son novillo se révéla ensuite mobile à la cape mais se retournant très court dès le début. Il prit deux piques, la première du centre de la piste (n'oublions pas que la piste est ovale, ce qui réduit nettement la distance) en poussant fort, la tête fixe, puis une seconde dans le même ton. Malheureusement ces bonnes manières furent inexistantes dans la muleta de Marco Leal qui ne l'attaqua pas trop au départ, ce qui paraissait le bon tempo, puis fut peu à peu obligé de se battre avec cet adversaire gênant et protestataire. Une entière, salut.
Roman Perez (bleu et or) marqua la competencia avec son compagnon arlésien par une puerta gayola hésitante au cours de laquelle il se fit violemment accrocher de face. Sonné mais intact, il revint en piste remonté comme une pendule pour le parer avec rage et émotion à la cape, révélant un novillo mobile et intéressant surtout à gauche. Il fut piqué deux fois, dont la deuxième d'une distance a peine plus importante mais furtive, mais faisant leur effet puisque ce novillo en ressorti vraiment adouci. Muleta en main Roman réalisa qu'il fallait à peine le déplacer, mais profita au départ avec douceur de l'extrême noblesse du novillo, puis devint tout à coup plus électrique, cette attitude ne convenant pas vraiment au novillo. Averti ensuite de cette erreur il chercha plus de ligazon et une émotion à gauche qui n'arriva pas. Une entière, une oreille.
Après avoir fait piquer son excellent second par une rencontre de très près, il s'appliqua à bien le soumettre dès le début à la muleta. A droite il lia avec transmission grâce à ce délicieux novillo qui se retournait loin, après la passe, laissant au torero le luxe de mieux préparer le muletazo suivant. Balayant le sol de son leurre, le compas ouvert, il conduit cette noble charge avec conviction et une pointe de vitesse. Ce novillo resta toujours fixe, humiliant énormément. Dommage que Romain ne gagna pas en profondeur. Deux pinchazos, une entière. Salut.
Juan del Alamo (blanc et or) releva le défi et alla lui aussi à puerta gayola malgré le précédent accrochage. Il servit ensuite un série de véroniques rapidement enchaînées au vu de l'extrême mobilité du ce novillo affichant de grandes qualités dans le leurre. Il renversa Jacques Monnier lors de la première rencontre puis reçut une seconde pique plus légère, le laissant tout de même assez faible. Revigoré par les banderilles, il permit à Juan del Alamo de créer une époustouflante série de statuaires aux planches qui auraient fait rugir Madrid... et n'importe quelle arène! A droite il profita des immense qualités de son novillo, allongeant le bras à l'infini dans une profondeur retentissante. Cambré, l'allure torera au possible, le menton sur la poitrine, il toréa comme on aime tous, faisant humilier son novillo à l'excès. A gauche il resta sur le même ton bien que le novillo donna des fréquents signes de faiblesse. Les muletazos s'enchainèrent ensuite jusqu'à ne former plus qu'un, suivis d'une passe de poitrine remarquablement enroulée., que ce novillo accepta sans rechigner malgré l'effort physique imposé. Il acheva son œuvre par, en prime, une vrai démonstration de courage sur quelques manoletinas saisissantes. Il le tua d'une entière foudroyante et coupa donc deux grosses oreilles, applaudissant même son adversaire primé d'une vuelta al ruedo.
Pur et courageux à la cape, il afficha une véritable attitude de novillero. Il mena son second exemplaire pour une première pique en poussant puis une deuxième plus brutale, sans aucun signe de bravoure. Il débuta par doblones serrés à la muleta, à droite surtout. Le public conscient du danger l'encouragea de ses applaudissements. A gauche, se replaçant heureusement très rapidement, il parvint malgré les difficultés à dégager de beaux détails. A gauche et quand les choses devinrent impossible, il ne perdit jamais ses positions, toujours croisé et ne reculant pas d'un pouce malgré les cornes qui fusaient de tout côtés. Pinchazos, le novillo ne l'aidant pas puis une entière habile. Salut.
Marie Barcelo |