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jean louis lopez

Le prix du sang

 

Photo : "Canito" - DR

La tradition est respectée, même dans ses aspects les plus sordides et les plus cruels. Le mois d’août a toujours été le mois des cornadas, ces blessures que le toro inflige à l’homme qui ose le défier. Et août 2009
n’a pas failli à cette sanglante habitude. Alors qu’on s’apprête à célébrer le 25° anniversaire de la mort de Paquirri, tué à Pozoblanco le 26 septembre
1984 par un toro de Sayalero y Bandrés, que la date de la mort de Manolete, tué à Linares le 29 août 1947 est présente à toutes les mémoires, la dernière semaine de ce funeste mois d’août 2009 rappelle à
tous les aficionados que le métier de torero comporte ce terrible danger de mort.
On sait que cette période est particulièrement chargée pour les hommes qui affrontent le toro, puisqu’il y a des courses quasiment tous les jours, que la fatigue, souvent plus nerveuse que physique, les pousse à prendre inconsciemment davantage de risques qu’à l’accoutumée. Qu’importe, les nouvelles sont là : à Saint Sever, le dimanche 23 août, Patrick Oliver a reçu
un coup de corne dans le cou qui a arraché la trachée artère et a failli lui coûter la vie.

Le même jour à Carcassonne, l’alguazil Christian Baile a été blessé gravement par un novillo de Miura. Toujours le 23 août, à Santa Cruz del Retamar, prés de Tolède, le mexicain Arturo Sandivar a eu l’artère fémorale déchiquetée. Et à Marchamalo, proche de Guadalajara, Raul Velasco a pris une cornada de 12 centimètres dans la cuisse gauche. La veille à Carcassonne , Juan Carlos Rey a subi un coup de corne de 20 centimètres de longueur dans la cuisse droite.

Toutes ces blessures d’actualité ne font pas oublier les antérieures, comme celle de Luis Bolivar reçue à Malaga le 20 août,celle du banderillero Javier Gonzalez, de la cuadrilla d’Ivan Vicente, qui a ressenti les conséquences d’une blessure subie l’année dernière à Saragosse. Et surtout celle de José Pedro Prados El Fundi, particulièrement malchanceux ces temps derniers. Ce fut d’abord une chute de cheval au printemps. Il y eut ensuite des cogidas à Castellon , à Toledo, à San Sebastian. Miguel Angel Perera, Juan José Padilla ont aussi reçu le fruit de leur passion…
Force est de constater les merveilleux progrès réalisés par la chirurgie taurine. Il y a ne serait-ce que cinq ans, certaines de ces blessures auraient eu des conclusions funestes. Mais le problème reste posé. Pourquoi tous ces toreros blessés n’ont qu’une envie, celle de reprendre au plus tôt la compétition.? Pour de l’argent ? Peut-être. Mais surtout par passion, cette passion qu’on nomme l’aficion.
Quoi de mieux pour répondre aux attaques incessantes des anti-corrida. Ces gens qui nous abreuvent de slogans stéréotypés du genre « Ceci est une torture » ou encore « Ce n’est pas notre culture », oublient que le torero est la première victime potentielle de la corrida. La coutume assure que le toro ne se trompe jamais, l’erreur vient du torero. Certes, mais le torero assume pleinement son erreur. Et ne souhaite qu’une
chose : pouvoir retrouver au plus tôt ses marques face au mythique adversaire que l’histoire d’un peuple lui oppose.
Quel est donc ce personnage exceptionnel qui affronte la mort après l’avoir provoquée, qui supporte les conséquences de toute blessure et construit tout un système de réhabilitation. A l’exemple de Todos somos Adrian, un modèle de solidarité construit autour du banderillero Adrian Gomez, à qui le sort a réservé une vie en fauteuil roulant.
Le mois d’août peut et doit servir à entreprendre une réflexion sur ce qui motive les toreros, au delà de la simple issue de la corrida. Le grand nombre de blessures doit servir de réponse aux attaques des opposants .Quelle est donc cette profession où on ne meurt pas dans de faux semblants théâtraux Où la mort est une réalité quotidienne qu’il faut affronter ?

Jean-Louis Lopez

jll

 

 

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