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LE NERF DE LA GUERRE |
Chacun sait que la corrida, qui est avant tout une manifestation culturelle et l’expression de l’identité d’un peuple, est aussi une opération commerciale. Les peintres ont bien un marchand de tableaux, les romanciers un éditeur, les musiciens un producteur… bref, tous les artistes ont un agent, comme tous les salariés ont un patron.
Rien d’original à cela, bien que dans le domaine artistique le montant des cachets ne correspond pas forcément à un barème pré-établi, mais plutôt à ce qu’il est convenu d’appeler une côte. Qui par nature est fluctuante.
Puisque chaque artiste n’est pas côté de la même façon, selon des circonstances, des périodes, un environnement…
En matière de corrida, l’argent, à savoir le montant du cachet d’un torero ou le prix d’un lot de taureaux, a toujours été noyé dans un épais nuage. Ou soigneusement gardé dans un silence froid. Par pudeur ? Par prudence ? Non, plutôt par habitude… Un impresario ne doit pas obligatoirement communiquer au public les rouages de son activité, ni ce que sa compétence lui permet d’obtenir ou non…
On peut observer à ce propos que les arènes de Nîmes sont les seules à publier chaque année le nombre d’entrées payantes, et même le montant de la redevance versée à la ville. Mais ni à Nîmes, ni à Madrid, à Séville ou ailleurs, on ne déclare le montant du cachet d’Enrique Ponce, Manzanares ou José Tomas, pas plus que le prix d’une corrida de Valdefresno ou de Juan Pedro Domecq.
A dire vrai, on ignore aussi la somme perçue à Bercy par Michel Polnareff, ou encore le salaire mensuel du footballeur Jerôme Rothen au PSG.
Alors, les aficionados, curieux par nature, imaginent… On a pu lire ces jours derniers sur Semana Grande que José Tomas percevrait quelques 300000 euros par corrida. Mais seul le torero connaît la vérité. Avec le directeur d’arènes, qui lui aussi a tout intérêt à se taire.
La presse espagnole, par ailleurs, emploie souvent la formule No hubo acuerdo económico, pour dire que la somme demandée par un représentant d’un torero ne correspondait pas à celle proposée par un directeur d’arènes. Ce qui fut récemment le cas pour Sebastien Castella à Arles, à Castellon de la Plana, à Valence, où il ne se produira pas en ce début de saison.
D’autres problèmes surgissent quand une corrida est télévisée – la seule société produisant des directs de corrida étant aujourd’hui celle de Digital+- et que le torero souhaite s’adresser directement à la chaîne. Qui, faut-il le rappeler, s’acquitte d’un forfait auprès de la direction des arènes. Résultat : Cayetano ne participe pas à la Feria de Séville 2008.
Il est évident aussi qu’un torero vedette n’a pas les mêmes exigences financières pour participer à une grande Feria dans une plaza de première catégorie qu’à une simple corrida dans une petite arène. Tout comme six taureaux de telle ganaderia peuvent être moins chers que six autres du même élevage. Que tel directeur de plusieurs arènes peut obtenir des engagements préférentiels dans le cas où il propose plusieurs contrats au même torero, un forfait pour la saison, par exemple… Banalités…
Il est peu probable que ces vieilles habitudes changent un jour, qu’on arrive à une transparence totale dans les affaires commerciales et taurines, comme cela a pu être le cas en matière d’étiquetage de produits alimentaires, par exemple.
Le cachet du torero baigne dans une telle… discrétion, que le montant ne figure presque jamais sur le contrat… où on peut lire en effet : Le torero Untel s’engage à se produire tel jour dans telle arène et percevra lo convenido. La somme prévue…
Jean-Louis LOPEZ