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L'été meurtrier |
Les étés se suivent et ne se ressemblent pas. Celui de 2006, dont on vient tout juste de célébrer l'avènement, ne rappellera en rien la saison sanglante évoquée dans les années 60 par Ernest Hemingway. Antonio Ordonez et Luis Miguel Dominguin ne rivalisent plus sur le sable des arènes. Les faenas de l'été 2006 qui nous intéressent aujourd'hui sont celles qui se déroulent sous les lambris dorés du Parlement catalan, à Barcelone.
Ce jeudi 22 juin 2006, donc, les députés catalans ont examiné les propositions de l' ERC et du groupe Initiative pour la Catalogne – Les Verts , et approuvé celle du parti premier nommé qui demande l'interdiction pure et simple des corridas dans la province.
En 2003, l' ERC , Gauche républicaine catalane , avait déjà fait voter une Loi de défense des animaux. Le vote de 2006 n'est qu'une suite logique…
On a abondamment commenté la loi de 2003 et nul doute que ce dernier vote fera couler encore beaucoup d'encre.
Comment a-t-on pu en arriver là ? Pour les anti-corrida , c'est l'aboutissement d'une lutte menée contre la barbarie, la torture, les trafics d'un lobby mafieux , et autres aménités.
Pour les catalans, le problème est différent, de toute évidence. On a bien vu à Barcelone, certains jours de corrida, devant les arènes, des opposants taper sur des casseroles et distribuer des tracts enflammés. Comme à Nîmes et ailleurs.
Ces manifestations, aussi désagréables soient-elles pour les aficionados, sont la traduction d'un sentiment et méritent le respect. Comme toute autre forme d'expression. Encore faut-il garder les dehors de la civilité, éviter les coups de feu contre les habitations, ou les lettres de diffamation… Mais ceci est une autre histoire, puisque personne n'a démontré la relation entre ces actes répréhensibles et les anti-corrida . Malgré de lourds soupçons.
Et puisqu'on parle de lobby taurin , qui n'existe que dans l'imagination de certains rêveurs, il faudra peut-être que les associations anti-taurines disent un jour clairement pourquoi elles ont choisi leur spécificité au détriment d'une cause de lutte contre la faim, la misère ou les inégalités et l'injustice dans le monde. Encore un problème d'urgence, bien sûr.
Le débat, lancé il y a des lustres, ne s'achèvera certainement pas cet été. Un aficionado sensé ne pourra pas affirmer l'absence de cruauté dans la corrida. Et renchérir sur la violence d'un sport comme la boxe, d'une activité comme la chasse ou la pêche, ou encore évoquer tout simplement l'abattage d'animaux pour en consommer la viande, ne ferait que déplacer le problème. Sans le résoudre.
A cette différence prés que personne ne va taper sur des casseroles devant un abattoir, au pied d'un ring ou devant le siège d'une société de chasse. Question de choix. Ou de courage.
Il ne nous reste plus qu'à devenir tous végétariens, mais en évitant soigneusement certaines erreurs historiques. Et culturelles.
La Catalogne n'est pas, et n'a jamais été, une province hostile à la corrida. A Barcelone, des toreros comme Chamaco père, Joaquin Bernado, ou encore plus récemment José Tomas ont empli les arènes. Et si on veut remonter le temps, on trouvera des exemples frappants à l'époque de Joselito et de Belmonte, ou encore plus loin, avec Antonio Sanchez El Tato , que les barcelonais avaient obligé à dessiner des passes sur les Ramblas, un jour où la pluie avait fait annuler la corrida.
Il est donc des affirmations qui traduisent des mensonges.
Quant à la Loi catalane de défense, qui reconnaît aux animaux un système nerveux semblable à celui des humains, et assure que faire violence à un animal, c'est faire violence à un être humain, elle prolonge de nos jours les amalgames déplorables de la Loi Grammont de 1850. Le taureau de corrida, animal domestique…
Il est par ailleurs curieux –mais agréable- de constater qu'un groupe de parlementaires espagnols, avec à sa tête Pio Garcia Escudero, du Partido popular , a pris ces jours derniers au Sénat, l'initiative de former une Association taurine parlementaire qui regroupe déjà soixante dix membres de différentes tendances politiques .
Le problème de la Catalogne est purement politique. Et lié à un parti créé en 1931, au début de la Seconde République, l'Esquerra republicana, l'ERC. La cause était noble : rendre à la Catalogne son identité, économique, linguistique, culturelle. Et on sait ce que sont devenus ces principes durant le franquisme.
Le referendum de ces jours derniers voulait renforcer cette identité en ajoutant à la constitution le terme, symbolique mais clair, de nation catalane .
L'existence de communautés régionales n'a pas fini de créer des tensions et des ruptures dans la Péninsule. Ce referendum a donc permis d'adopter le concept de nation…mais avec moins de 50% de votants, et seulement 74% de Oui .
Une minorité de catalans vient donc de manifester son mépris à cette partie de la société formée par les aficionados.
Rien de grave. Pour le moment du moins. Le Parlement catalan sera dissous en juillet 2006. Parce qu'il y aura des élections cet automne. L'interdiction des corridas ne sera pas appliquée. Reculer pour mieux sauter ? Peut-être. Sans doute, même.
Mais qu'on cesse de se tromper de combat. Ce qui est en cause, c'est une règle bien établie et nommée tolérance. Admettre chez les autres un caractère qui n'est pas le notre. Inutile de donner des exemples, politiques ou religieux. L'intolérance a fait couler plus de sang que toutes les corridas de monde. Et s'il existe une priorité dans les lectures à conseiller, il vaut mieux remettre à plus tard celle des écrits des savants à la sensibilité exacerbée et commencer par un certain Voltaire et son Traité sur la tolérance . Là, au moins, on parle de sentiments humains.
Jean-Louis LOPEZ
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