L'ENVERS DE LA CAPE OU LE MAL DE VIVRE

C’est d’abord le titre du livre que vient de publier Simon Casas, pseudonyme de Bernard Domb. L’éditeur Fayard a ajouté sur la couverture Roman, sans doute parce qu’il lui était impossible d’inscrire confession, rêve ou aveu. Et le terme Essai, serait impropre. Equivoque, même. En espagnol, un essai c’est une prueba, une tienta ou un intento, mais en littérature, c’est un ensayo. Simon Casas a depuis longtemps oublié ses essais. Parce que depuis longtemps, ce sont des coups de maître.

Le premier, il l’a réalisé comme matador de toros : il ne s’est pas faufilé dans les pages roses du Dictionnaire Larousse. Il a fait mieux : il a franchi à Nîmes, en prenant l’alternative, des Pyrénées plus escarpées que l’Everest, avec au sommet, ce panneau qui disait qu’il fallait être espagnol pour être torero.

Comme représentant de toreros, il s’est occupé des meilleurs. Qu’il n’était pas allé chercher. Qui l’avaient choisi.

Comme directeur d’arènes, c’est le public, celui d’ici et l’autre, là-bas, qui aujourd’hui le plébiscitent.

Dans L’envers de la cape, Bernard Domb, pseudonyme Simon Casas, comme dit son passeport, recherche encore une identité, celle que le torero lit sur le revers de l’envers. Comme un sans-papiers, comme un enfant juif que la chrétienté pourchasse et persécute. Quand ce ne sont pas les autorités françaises qui le conduiraient à Drancy. Ou aujourd’hui dans un centre de rétention.

Les Rois Catholiques avaient baptisé 1492 Anno mirabilis, l’année merveilleuse, parce qu’on avait chassé les arabes et réussi reconquête et réunification. Et aussi parce qu’on avait chassé les juifs.

Ce que Simon Pseudo Casas n’a pas encore dit, c’est s’il éprouve comme un frisson de plaisir lorsqu’il voit le prêtre des arènes, à Alicante, Castellon, Saragosse ou Valence, préparer les images pieuses dans la chapelle.

L’envers de la cape, c’est la somme d’aveux qu’expie un homme écorché vif. Ou un Jerôme Bosch qui aurait atteint la sainteté.

Ceux qui connaissent Simon Casas savent qu’il est une source de sensibilité. Javier Conde, le dernier en date, est le premier à savoir que son mentor est avant tout un amoureux du taureau et du torero. Et de la vie. Parce qu’il refusera toute sa vie le costume sombre d’un notable.

Lire L’envers de la cape est une nécessité primordiale. Pour entrevoir le côté droit des choses.

Et si Simon Casas écrit au début du livre je me refuse à une telle démarche, quand on lui demande de s’adresser à un tribunal pour obtenir une carte d’identité, et qu’à la fin du livre, il confesse demain j’irai au tribunal d’instance, comme l’exige aveuglément la loi, ne croyez surtout pas qu’il s’agit d’un retournement, comme celui de la cape. La formule est bien connue : le véritable anarchiste est celui qui traverse dans les passages cloutés. Pour éviter la police.


Jean-Louis LOPEZ

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