EOLE ET OLE

 

 

 

Ce n’est pas la première fois que se pose la question de savoir si l’on doit suspendre une corrida un jour de grand vent. Et il est plus que probable qu’on la posera encore et encore, surtout dans le sud-est de la France, où mistral et tramontane soufflent souvent à loisir.

A Palavas, lors de la récente Feria de la Mer, Roberto Dominguez et El Juli, cheveux au vent, avaient demandé à leur voisin de callejon si le vent ne s’arrêtait jamais, dans cette cité. Et comme on leur répondait que cela arrivait parfois en fin d’après midi, ils avaient répondu presque en chœur « Faites donc les corridas à huit heures du soir... ».

A Céret, le dimanche 15 juillet dernier, le torero Luis Francisco Espla a été pris par la corne (et le sabot) d’un charmant et délicat pensionnaire de l’élevage de Valverde, le frère de sang de ceux qu’éleva jadis le non moins délicat Curé du même nom que ses ouailles cornues.

Ce jour là soufflait un vent redoutable qui, dés le paseo, retournait le col des capes sur le visage des toreros. Mais la cogida de Luis Francisco Espla ne fut probablement pas provoquée par la mauvaise humeur d’Eole, comme le montrent très clairement les images tournées par Bernard Charvet, cameraman à France 3 Sud : le toro se retourne brusquement, à la fin d’une passe de muleta, saisit le torero, le soulève et ensuite le renverse. Avec les conséquences que l’on connaît : un coup de corne qui déchire le scrotum, un autre dans la poitrine et un coup de sabot sur le visage.

Allongé sur le dos, le visage ensanglanté, Luis Francisco était inanimé. Et plus d’un témoin a pensé au pire.

« J’ai senti le premier coup de corne. Ensuite, je me suis évanoui et je ne me souviens de rien. Quand je me suis réveillé, j’étais entouré de médecins en blouse blanche… » dira le torero.

Deux jours après l’accident, Luis Francisco Espla se reposait dans la clinique de Perpignan où il avait été conduit par le docteur Jean Pierre Mau, qui est aussi membre de l’ADAC, l’association organisatrice de la Feria de Céret.

A la traditionnelle formule dans une cogida, le toro ne se trompe jamais, le torero rétorque : « C’est ce qu’on dit ! Ce que je sais, c’est que le toro cherchait à m’attraper depuis un moment, et il avait un allié privilégié : le vent… La corne droite voulait me prendre. Là, je dois reconnaître que les toreros se trompent parfois : cet animal avait donné quelques signes de faiblesse et je ne lui ai fait prendre que deux piques… La troisième était nécessaire… » Et quand on lui demande ce qu’il va faire dans un avenir tout proche, la réponse fuse : « Il ne faut pas perdre une seule seconde. Il faut rapidement que je reprenne ma vie de torero. Et tout oublier. ».

Deux jours plus tard, le jeudi suivant les cornadas du dimanche, Espla repartait à Alicante… « Ce que m’a appris cette blessure ? A aimer encore plus la vie… »

La grave blessure d’Espla n’a pourtant pas été le seul point important de cette corrida. Quand le torero a quitté l’infirmerie des arènes de Céret, après les indispensables soins initiaux, Juan José Padilla et Francisco Javier Sanchez Vara étaient là, livides, devant un corps qui semblait sans vie… L’ambulance venait à peine de partir et les toreros étaient paralysés par la scène à laquelle ils avaient assisté : « Il faut suspendre la corrida, il y a trop de danger, le vent… »

On connaît la suite. Après plus d’une demi-heure de palabres, Padilla et Sanchez Vara finiront par céder et la course pourra reprendre. Padilla, conspué par le public qui avait appris on ne sait comment le désir du torero de ne pas poursuivre, va même couper la seule oreille de la Feria… Le Règlement était respecté.

Quand il pleut, la corrida n’a pas lieu. Comme si on craignait que les spectateurs s’enrhument. Quand le vent beugle, rugit, siffle, râle et miaule, comme dit le poète, les toreros peuvent sortir. Après tout, ils sont payés pour ça … a-t-on entendu sur les gradins.

Jean-LouisLOPEZ

 

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