SOUVENIRS, SOUVENIRS

 

Dans l’éducation que chacun de nous a reçu, certaines assertions ont laissé des traces que rien ne pourra effacer. Pour les chrétiens, ce sont des Tu ne tueras point ou Tu ne témoigneras pas à tort contre ton prochain. Pour les laïques, des Ne fais pas à autrui, et caetera… Pour tous, à l’école, le maître et ensuite le professeur nous ont enseigné que Voltaire et la tolérance….

Aujourd’hui, le monde de la corrida est férocement critiqué par ceux que l’on a trop facilement baptisé les anti. Et les aficionados, qui eux sont pour, sont affublés des insultes les plus vives, sadiques, tortionnaires, maniaques. Un chanteur en vogue a même qualifié les dames qui vont aux arènes de pétasses emperlouzées…

Rien de nouveau sous le soleil. Jacques Brel disait à peu prés la même chose. Et plus d’un écrivain de la fin du XIX° siècle. Théophile Gautier fils écrivait en 1884: « Les courses de taureaux ne sont pas un plaisir, c’est la satisfaction d’une passion sauvage et brutale, mais humaine ; et il résulte de ce spectacle un mélange d’assouvissement et de lassitude, tel qu’on en ressent au lendemain d’une grande débauche. ».

Tiens, on peut ajouter débauché à sadique et tortionnaire ! James Condamin, éminent lettré catholique lyonnais, parlait en 1880 de tueries sauvages, de fêtes cruelles indignes de l’humanité.

Pierre Margé –qui ne saurait être un aïeul de Robert Margé !- notait en 1909 que de tous ces êtres (les spectateurs dans l’arène) montait une odeur forte et âcre, une odeur de fauve en rut. Tel autre parle en 1895 d’une odeur fade de boucherie. L’abbé Cordier, en fin observateur, assure en 1882, que le torero cache hypocritement l’épée derrière la muleta. Le célèbre Léon de Rosny, auteur en 1894 de Taureaux et mantilles, affirme qu’à la seule course à laquelle il a assisté, il y avait peu de femmes et que les seules présentes étaient vieilles et laides. Pour Henri Rochefort, fameux opposant, ces femmes aficionadas sont de viles femelles.

Mais les femmes, comme les hommes, vont toujours aux arènes, à cinq heures de l’après midi. Aujourd’hui.

En vérité, les opposants au combat de l’homme et du taureau existent et sont actifs depuis qu’existe le combat lui-même. L’un des premiers ? Le pape Pie V, qui interdit de sépulture chrétienne, en 1567, ceux qui viendraient à trouver la mort dans ces luttes. Difficile de faire mieux. Monseigneur Plantier, Monseigneur Besson, évêques de Nîmes, ont eux aussi stigmatisé les corridas. Mais en 1984, Monseigneur Cadillac, lui aussi évêque dans la capitale du Gard, parlait de libre choix pour les chrétiens qui allaient aux arènes. Question d’époque…

Au XVIII° siècle en Espagne, ce sont les philosophes des lumières qui se manifestent. Jovellanos, Feijoo affirment que les terres consacrées à l’élevage des taureaux de combat seraient mieux utilisées si on y plantait du blé. Ou que les toreros feraient mieux de travailler. En Espagne, la corrida se porte de nos jours mieux que jamais…

Comme se porte bien la critique et comme sont actifs les opposants. Il est indigne de chercher dans la personnalité de certains anti-corrida des travers qui pourraient les affaiblir. « La règle d’or de la conduite est la Tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents » a écrit Gandhi .

Il est temps de reconnaître qu’il y a dans la corrida une certaine violence, comme dans certains sports, comme dans de nombreuses activités humaines. Que la cruauté est aussi présente d’une certaine façon. Que sur les écrans de télévision, le journal de 20 heures devrait souvent mentionner la formule déconseillé aux moins de 10 ans…

Affirmons seulement que l’Homme se grandit quand il domine la Bête. Que cette bête est un fauve, et non un animal domestique. Que maîtriser ce fauve qui pèse une demi tonne et dont les cornes ne cherchent qu’à tuer, et en créant une œuvre de beauté, est un acte exceptionnel. Le seul acte de création où le courage physique aboutit à une œuvre d’art.

Et continuons à faire connaître tous les rouages, parfois secrets, souvent mystérieux, de la course de taureaux que nous aimons. Et qui jouit d’une parfaite légalité dans le Midi de la France. Sans insulter ou mépriser. En songeant à ce proverbe persan qui invite à la bienveillance envers les amis, et à la tolérance à l’égard des ennemis.

Jean-Louis LOPEZ

 

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