PERFECTION

simon casas

Quand il présente le programme d’une feria, les cartels, comme disent les hispano-français, le journaliste ajoute (presque) toujours une note critique, mélange habile d’objectivité et de compétence : il signale les absents. Tel torero ne fera pas le paseo parce que l’organisateur l’a oublié, le déteste, est en froid avec l’apoderado, ne le juge pas assez méritant, refuse de payer la somme demandée… Idem pour telle ganaderia pourtant réputée qui ne figure pas dans le programme : c’est parce qu’elle a mal résisté à la langue bleue, traverse une période difficile…

L’inverse est aussi présent dans certaines rubriques : le torero Untel est présent parce que ses qualités, jusqu’à présent peu démontrées, vont éclater demain, alors qu’en vérité, il s’agit de l’intervention du beau-frère de son cousin ; quant à la ganaderia X, expressément annoncée mais dont le nom parfaitement inconnu du grand public n’apparaît que dans d’obscurs comptes rendus de corrida de village, elle sera la révélation de demain…

Ces justifications apportées par une certaine presse… bienveillante, sont sans doute une image du passé, ces temps révolus où les journalistes étaient directement ou indirectement les salariés des organisateurs de corrida. Chacun sait qu’aujourd’hui, ces travers ont disparu…

Alors, en toute liberté, on peut affirmer que la publication du programme de la Feria de Nîmes de Pentecôte 2008 provoque un frémissement de plaisir chez les aficionados. S’il faut se débarrasser illico des critiques, on dira que sur les trois derniers jours, samedi 10, dimanche 11 et lundi 12 mai, l’existence de corrida matin et soir est pesante. Rien de nouveau sous le soleil : les restaurateurs et cafetiers râlent souvent de cette occupation de l’emploi du temps, jugée outrancière et qui précipite leur activité professionnelle. Mais quand on entend El Juli dire que la lumière qui baigne le vieil amphithéâtre le matin, après 11 heures, possède quelque chose de magique, d’irréel, on oublie tout.

Quant à la composition elle-même du programme, elle frise le merveilleux ! Car les affiches des dix corridas, non seulement rassemblent TOUS les meilleurs toreros du moment, mais elles unissent surtout des valeurs artistiques qui jamais –ou bien peu de fois- n’avaient pu être rapprochées. Prenez la réunion Conde-Tomas-Castella-Garcigrande : quel aficionado n’en a pas rêvé ? Et Juan Bautista-Perera-Talavante-Puerto de San Lorenzo? Et Hermoso de Mendoza-Juli-Perera-Jandilla ? Et Ponce-Castella-Cayetano-Zalduendo ?

Victorino Martin ? Quel aficionado français, et plus encore nîmois, n’est pas heureux de voir l’extraordinaire occasion donnée à Marc Serrano pour accéder au haut niveau ?

Après les exigences financières (abusives ?) de José Tomas, les fines bouches assuraient qu’on le verrait peut-être à Nîmes, mais avec deux faire-valoir. Râté ! C’est Conde et Castella. Et que dire de la présence de toreros qui l’on trouve à Nîmes côte à côte, alors que la rivalité qui les oppose l’a toujours empêché…

Juan Pedro Domecq assurait que le toro doit aussi être un artiste, à côté d’artistes. La faiblesse de ses pensionnaires, à une certaine époque, l’a conduit à ne plus exprimer le souhait. Mais l’idée reste on ne peut plus d’actualité.

Et quand on parle d’artistes, on ne cite jamais celui qui confectionne le programme, plutôt considéré comme un simple homme d’affaires. Et parfois un affairiste. Ce dernier et aimable vocable sera difficilement applicable au programme nîmois, quand on connaît le montant des cachets de José Tomas et de Sebastien Castella…

Il vient l’envie d’évoquer le tableau de Gustave Courbet représentant le mécène Jacques Bruyas et intitulé Bonjour, Monsieur Coubet, et qui se trouve au Musée Fabre de Montpellier. Et qu’il nous soit permis de le changer en un tableau de tauromachie qu’on nommera Merci, Monsieur Casas.

Jean-Louis LOPEZ

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