Nimeño

 

 

Il aurait aujourd’hui‭ ‬53‭ ‬ans,‭ ‬et à dire vrai,‭ ‬il a‭ ‬53‭ ‬ans.‭ ‬Parce qu’il est là.‭ ‬Parce qu’il n’est jamais parti.‭ ‬Ceux qui l’aiment savent qu’il a seulement cessé de revêtir le costume de lumières‭… ‬il y a tout juste deux ans.‭ ‬Et depuis,‭ ‬il a participe à des festivals,‭ ‬en insistant bien à chaque fois sur le but de bienfaisance qu’ont et doivent avoir ces spectacles.


Parce que Christian Montcouquiol‭ ‬Nimeño est un homme de bien.‭ ‬Et que maintenant qu’il a interrompu sa carrière de torero en activité,‭ ‬il désire plus que jamais aider ses camarades toreros en restant encore et toujours torero lui-même.‭


Christian Montcouquiol‭ ‬Nimeño est aussi un homme empli d’humilité et de modestie.‭ ‬Il ne lui vient jamais à l’idée que si d’autres toreros de son pays ont pu acquérir le titre de‭ ‬matador de toros en obtenant l’alternative,‭ ‬c’est un peu à lui qu’ils le devaient.‭ ‬Parce qu’il a été le premier à ouvrir toutes grandes les portes de l’Espagne.‭ ‬Par ses convictions,‭ ‬son courage et son talent.‭ ‬Parce que Manolo‭ ‬Chopera,‭ ‬le puissant impresario du pays voisin s’est intéressé à lui,‭ ‬alors que personne en Espagne ne s’était vraiment occupé d’un torero français.‭


A Nîmes,‭ ‬pour la Feria de Pentecôte,‭ ‬on célèbre le trentième anniversaire de l’alternative que lui avait accordé le‭ ‬28‭ ‬mai‭ ‬1977‭ ‬Angel Teruel.‭ ‬Le toro de la cérémonie s’appelait‭ ‬Elegante et appartenait à la ganaderia de Torrestrella.‭ ‬Elégant,‭ ‬un adjectif qui lui va bien.‭ ‬Car Christian l’est jusqu’au bout des zapatillas.‭ ‬Dans l’arène,‭ ‬d’abord,‭ ‬ou ses gestes de torero ignorent ce que peut être la vulgarité.‭ ‬Quand il pose les banderilles,‭ ‬il est toujours dans le berceau des cornes,‭ ‬et plus d’une photo‭ ‬le montre.‭ ‬A la muleta,‭ ‬il est encore l’élégance même,‭ ‬l’élégance du torero qui ne triche pas,‭ ‬ne recule pas face à l’animal.‭ ‬Et il n’a pas eu le bonheur,‭ ‬lui,‭ ‬de commencer sa carrière avec des toros aux grandes origines.‭ ‬Lui,‭ ‬il s’est tapé des Camargue.‭ ‬Dans la vie enfin,‭ ‬et maintenant qu’il est devenu un torero civil,‭ ‬il est plus que jamais l’élégance,‭ ‬la discrétion et le sens de l’honneur.‭ ‬Jamais on ne l’a entendu se plaindre d’une situation quelconque,‭ ‬ou tenir des propos désagréables sur qui que se soit.

 

En vérité,‭ ‬à Nîmes,‭ ‬tout le monde aime Christian Montcouquiol‭ ‬Nimeño.‭ ‬Juste retour des choses :‭ ‬le torero a porté jusqu’aux sommets tauromachiques le nom de sa cité adoptive.‭ ‬Et devant le vieil amphithéâtre romain où il a connu ses premiers émois d’aficionado,‭ ‬on a érigé une statue à son image.‭ ‬Comme Pepe Limeño,‭ ‬qui possède la sienne devant les arènes de Sanlucar de Barrameda,‭ ‬il peut l’observer quand il se rend chez son frère,‭ ‬à quatre pas de là.‭ ‬Son frère Alain,‭ ‬qui est torero comme lui,‭ ‬a d’ailleurs écrit de belles pages sur son talent,‭ ‬quand Christian a décidé de ranger à jamais le costume de lumières.


Aux Amériques,‭ ‬et en particulier au Méxique,‭ ‬on pense à lui tout le temps.‭ ‬Parce qu’il a toréé dans toutes les plazas du pays.‭ ‬Avec succès,‭ ‬et surtout parce que le souvenir qu’il a laissé est celui d’un être humain simple et sensible.‭


Et puis à Nîmes,‭ ‬personne n’a oublié non plus ce‭ ‬14‭ ‬mai‭ ‬1989‭ ‬où le mano‭ ‬a mano avec Victor Mendes a rapidement tourné à un héroïque‭ ‬solo contre six Guardiola.‭ ‬Ce jour là,‭ ‬Christian Montcouquiol‭ ‬Nimeño est entré dans l’histoire de la corrida,‭ ‬dans sa ville,‭ ‬dans son pays,‭ ‬dans le monde des toros.


Pour la prochaine Feria,‭ ‬vous avez peu de chance de le rencontrer par les rues et encore moins dans les bodegas.‭ ‬Christian est resté discret,‭ ‬et timide comme un adolescent qui ne vieillit pas.‭ ‬Dans les arènes,‭ ‬peut être.‭ ‬Mais ne le cherchez pas :‭ ‬il est là.‭ ‬Partout.‭ ‬Dans le souffle léger de la brise qui fait frémir les feuilles des arbres de l’avenue Victor Hugo.‭ ‬Entre les ronds de fumée des cigares de Havane,‭ ‬dont il aime l’odeur,‭ ‬lui qui n’a jamais fumé.‭ ‬Parmi les notes enthousiastes des paso-doble de la bande de Chicuelo II.‭


Et si enfin vous le croisez,‭ ‬dites lui seulement,‭ ‬avec gentillesse,‭ ‬que vous regrettez qu’il ait choisi de ne plus porter le costume de lumières.‭ ‬Parce qu’il nous manque.

 

Jean-Louis Lopez

 

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