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Les vérités premières |
Il y a, en matière de tauromachie comme dans de multiples domaines, des principes techniques incontournables. Et qui ne souffrent d'aucune discussion. Le premier exemple qui vient à l'esprit est celui de la pique. Un moment de torture inacceptable, disent les détracteurs de la corrida, un mal nécessaire assurent les aficionados.
Polémique? Pas du tout. Il suffit de savoir ce que l'on veut. Il est en effet possible de combattre un taureau sans lui infliger la moindre opération présumée délictueuse : encore faut-il pouvoir s'en approcher et procéder, comme les premiers toreros , au desjarrete à l'aide d'une media-luna, ce délicat instrument constitué par une sorte de faucille située à l'extrémité d'une lance qui permettait de trancher les jarrets de l'animal.
Les incrédules se rapporteront utilement à la planche 12 de la fameuse série La tauromaquia de Goya, un témoignage précieux sur les débuts de l'art tauromachique qu'on peut consulter au Musée de Castres. Inutile d'aller à Madrid. Ou même à Castres, d'ailleurs, puisque l'œuvre de Goya se trouve dans toutes les librairies…
Sans pique, pourtant, point de corrida moderne. Et dans cette même série de Goya, on voit un cheval tué par un taureau –planche 9 - , ce que le caparaçon rend quasiment impossible de nos jours.
Autre vérité première, presque une lapalissade : le torero et le taureau sont les deux éléments constitutifs de la corrida… L'un sans l'autre, on ne bénéficie pas du même spectacle… Il est donc souhaitable de renvoyer dos à dos toristas et toreristas .
Seulement voilà : les uns comme les autres existent et se déchirent à qui mieux mieux. Et se détestent allégrement. Et s'accusent d'incompétence avec la même joie.
Tant pis. Ou tant mieux: cela ajoute du piquant à l'affaire. Il convient au demeurant de garder la tête froide pour faire la part des choses…
Et c'est sans aucun doute à ce moment que le rôle de la critique est le plus important.
Les hommes et les taureaux qui s'unissent en corrida ont des caractères semblables : ils peuvent se montrer brillants ou insipides, courageux ou lâches, intrépides ou peureux, tenaces ou désinvoltes, bref, bons ou mauvais…
Alors, se contenter de ne voir qu'un seul côté de l'affaire semble parfaitement imbécile.
La récente Feria de Béziers va nous servir de révélateur.
La valeur des toreros El Juli, Sebastien Castella, Jean Baptiste Jalabert, Cesar Rincon ou Cesar Jimenez est connue de tous, tout comme les différences qui existent entre chacun d'eux . Et bien tous, sans exception, ont été…frustrés par le comportement des taureaux de Victoriano del Rio ou plus encore, celui des Sanchez Arjona. Pour les Victoriano del Rio, il y eut un élément supplémentaire, incontrôlable et imprévisible : le vent!
Les Sanchez Arjona, purs Domecq, ont été l'ombre de leurs frères (?) aînés. Les Javier Perez Tabernero ont livré des demi-faenas : après quelques muletazos , ils se sont arrêté et mis à renifler le sol comme s'ils cherchaient leurs ancêtres , dit aimablement la formule espagnole.
Et dans ce dernier cas, ni Luis Francisco Espla, qui exerce le métier depuis trente ans après l'alternative, ni Juan José Padilla , cyclone ou non, mais qui en était à Béziers à sa quarantième corrida de la saison, avec 38 oreilles et 3 queues, n'ont pu livrer la prestation qu'ils souhaitaient.
Angel Peralta, présent dans le callejon, et dont le moins que l'on puisse dire est qu'il connaît les taureaux, assurait que ces Perez Tabernero s'étaient acobardado , c'est à dire qu'à un certain moment, ils avaient refusé le combat. Encore une vérité première. Espla, lui, pestait contre cet élevage dit fameux . Padilla, tout comme le mayoral, faisait grise mine. Quant à Julien Miletto, il eut par bonheur à combattre un premier animal faiblard et un second manejable . Ce qui n'enlève rien à son courage et à ses qualités.
Enfin, les Valdefresno, avec trois excellents exemplaires, le troisième d'abord, les cinquième et sixième ensuite, ont tout simplement sauvé la Feria. Ce qui a fait dire à Robert Margé, avec lucidité: "Le bilan? Hier j'aurais dit que la Feria avait été moyenne. Aujourd'hui, elle est fantastique!"
On ne saurait être plus clairvoyant.
Jean-Louis LOPEZ
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