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Les Messes noiresdu Curé de Valverde |
Le bilan de la récente Feria de Ceret est semblable aux bilans des années précédentes, puisqu'on a pu apprécier des toros redoutables qui ont honoré le tercio de piques, des toreros qui ont souffert et coupé peu ou pas d'oreilles… Et des organisateurs, l'ADAC, qui considèrent –à juste titre, car ce sont là les résultats recherchés- que le but à été atteint.
Il sera intéressant de s'attarder sur les pensionnaires de l'élevage de Valverde, plus connus sous l'appellation de Toros du Curé de Valverde , des toros qui ont su à Ceret conserver leurs appendices auriculaires. On sait que l'éleveur, Cesareo Sanchez était prêtre, qu'il avait exercé son ministère dans diverses paroisses, à Salamanque d'abord, à El Tomillar enfin. Son frère Juan avait été chanoine de la cathédrale de Salamanque et fut même archevêque…
Formé en 1941 avec des vaches et sementales d'origine Ibarra-Gamero Civico puis en 1947 d'origine Conde de la Corte, l'élevage connut à l'époque ses heures de gloire. Mais si ! Il est vrai que cette période correspondait à la reconstruction des ganaderias, après la guerre civile : c'est ainsi que Pepe Bienvenida, Manolete et Carlos Arruza affrontèrent à Cieza, en 1944, ces Sanchez Valverde dont on appréciait déjà la bravoure.
La preuve, ou plutôt les preuves : le toro Verduguillo combattu le 2 avril 1944 à Barcelone, Flamenco, Colegial, Velonero , le 26 août 1944 à Cieza, Atrevido, le 10 juin 1945 à Barcelone, Flamenco encore, numero 16, le 6 septembre 1945 à Guijuelo, Currito, le 20 avril 1947 à Madrid figurent donc parmi les étoiles de la ganaderia.
La suite est banale : En 1951, Juan Sanchez meurt et huit de ses neuf enfants vendent leur part… Et c'est là que l'affaire se corse! A l'accoutumée, ces transactions, ces transferts de sang et de race de toros restent secrets, mystérieux ou du moins sont peu connus. A force de patience et de curiosité, d'une grande insistance aussi, il a été possible de découvrir ce qu'étaient devenues sept de ces huit parts de l'élevage de Valverde…
Sinforosa Sanchez vendit sa part à l'éleveur Bernardino Piriz, Casimiro vendit la sienne à Lorenzo et Alejandro Garcia, les toros passant ensuite chez Alejandro Vazquez, Esteban vendit à Carreros , ensuite Juan Manuel Criado, dona Cruz à Sotillo Gutierrez et ensuite Casillon, Juan à Gonzalez de San Roman et ensuite Carmen Segovia, dona Carmen à Miguel Baez Litri et ensuite en 1979 Eugenio Frias Piqueros. Dona Consolacion, enfin, vendit sa part à Joaquin Barral.
Des opérations de ce type sont fréquentes, surtout à la suite de décès. Dans le milieu ganadero, on s'achète, on s'échange souvent un étalon, quelques vaches, sans que personne d'autre que les intéressés soit au courant. Quand l'opération est plus importante, les syndicats interviennent…
Pour la succession des toros de Valverde, il ne manque que la part de Emilia Sanchez… les descendants de ses toros paissent peut-être encore dans quelque pâturage…
Restait le neuvième des Sanchez Valverde, Cesareo, curé de son état! Lui ne vend pas et garde tout ce qui lui revient, à savoir 80 vaches et 2 sementales d'origine Conde de la Corte, avec aussi la devise et le fer, une arche partagée par une croix. Mais la sainte personne meurt à son tour en 1994 et les nouveaux propriétaires sont les nièces du ganadero défunt, dona Consolacion et dona Sinforosa Mateos Sanchez, lesquelles fondent la Société Valverde, avec les frères Leopoldo et Juan.
Dans les années 1990, les arènes de Madrid , celles d'Alès puis celles de Ceret rendent aux toros de Valverde une once de leur gloire passée : la bravoure des animaux constitue en soi un spectacle, mais les toreros qui acceptent de les affronter sont de modestes combattants…Les figuras tournent allègrement le dos aux Valverde…
Aussi fastidieux que sera puisse paraître, un simple rappel du parcours de la ganaderia de Valverde durant ces sept dernières saisons permettra de fixer parfaitement sa place dans le monde tauromachique !
En 1999, une seule corrida complète à Cuellar, pour Manolo Sanchez, Oscar Higares et Vicente Bejarano, cinq toros à Madrid en plein mois d'août (vous voyez ce qu'on veut dire) pour Juan de Felix, Frascuelo et Mariano Jimenez, cinq toros à Ales pour Diego Urdiales, El Lobo et Fernando Robleno.
En 2000, une corrida pour rejoneadores à Ales, une corrida à Madrid en juillet, quatre toros à Ceret, ensuite des capitales : Une corrida à Torresantino, un toro à Cigales, un à Escarabajosa de Cabezas, un à Miguel Esteban, deux à Carbonero el Mayor.
En 2001, une corrida à Madrid en juillet, une à Navaluenga, cinq toros à Valdelaguna, trois et un en deux jours à La Adrada.
En 2002, une corrida à Ales, une à Avila et trois toros à Madrid le 30 juin.
En 2003, une corrida à Madrid fin août, une à Casarrubios del Monte, une corrida complète puis trois toros à Guadalix de la Sierra, quatre puis quatre toros à Lloret de Mar, deux toros à Vinaroz.
En 2004, quatre toros, puis un à Lloret de Mar, quatre toros à Villarcayo, cinq à Alcala de Henares, un à Tafalla et un à Melilla.
En 2005, une corrida à El Tiemblo, puis quatre toros à Medina del Campo, deux à Ceret, un à Vic Fezensac, un à Cerdecilla et un à Avila.
En 2006 enfin, un toro à Vix Fezensac, et cinq à Ceret. Le sixième, qui était en fait le premier attribué à Luis Francisco Espla, appartenait au fer de Andoni Rekagorri Barranechea, soit un pur Valdefresno…
Par pudeur, on ne donnera pas la liste des toreros qui ont combattu ces Valverde, mais qu'on se rassure, il n'y a ni Enrique Ponce, ni El Juli, ni Manzanares. En revanche, sauf à quelques exceptions prés, les armures et l'aspect physique, la bravoure même des toros de Valverde ont toujours été remarquables. Quant à la noblesse… Mais ceci est une autre histoire.
Jean-Louis LOPEZ
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