Le nettoyage des corrales

 

Cette curieuse formule était employée dans un passé récent pour désigner le spectacle de fin d'année au cours duquel on faisait combattre les sobreros restant dans les corrales, les toros que l'on n'avait pas utilisé pendant la saison.

On usait donc de l'expression limpieza de corrales , mais en vérité, les organisateurs donnaient l'occasion de se produire à des toreros correspondant à des catégories -pour ne pas dire cas sociaux - trés différentes. Dans le meilleur des cas, on pouvait revoir l'un des triomphateurs de la temporada, mais le plus souvent, on mettait à l'affiche un torero que l'on avait refusé d'engager, ou, mieux encore, un torero français à qui on donnait généreusement sa chance .

Par bonheur, les temps ont changé, et il serait impossible de voir Sebastien Castella ou Juan Bautista accepter de combattre les toros par définition corraleros.

Ce qui est tout à fait normal... encore que le grand public ignore le plus souvent que tel ou tel toro figurant à une corrida de Feria avait été refusé par les vétérinaires des arènes de Madrid, Bilbao ou Séville... Ce qui n'est absolument pas une fraude.

Ce nettoyage a disparu des moeurs tauromachiques françaises pour des raisons diverses, et aujourd'hui, la langue bleue supprimerait les ardeurs de celui qui songerait à un retour à cette pratique. Pensez donc, un toro, c'est maintenant une denrée rare, en période de limitations géographiques et de fermeture possible de la frontière espagnole...

Et on sait d'ailleurs que plus d'un impresario français fait déjà paître en Camargue des toros acquis auprés de ganaderos espagnols, en vue de la temporada 2007... On n'est jamais assez prévoyant.

Cette maladie de la langue bleue n'a pourtant pas eu que des effets négatifs : les aficionados atteints de myopie ont pu se rendre compte qu'il existait en France des élevages tout à fait à la hauteur ! Les Tardieu ou les Gallon, pour n'en citer que deux, seraient parfaitement à leur place dans n'importe que affiche de Feria espagnole.

Ceci est certes une autre histoire, mais il faudra bien que cela change un jour : qui aurait pensé, par exemple, et il n'y a pas si longtemps, qu'un torero français occuperait la premiere place du classement comme le fait Sebastien Castella ? Mais les discours nationalistes sont quand même détestables...

Le virus de la fièvre catarrhale ou maladie de la langue bleue n'en finit pas, pour sa part, de faire parler de lui, et cela prêterait à sourire si l'affaire n'était pas aussi grave. Le 14 août dernier, on a décelé un cas de cette fièvre en ... Hollande! Fin août et début septembre 2006, quarante fermes en Hollande, en Belgique et en Allemagne sont atteintes, comme vient de le révéler la Commission européenne, aprés les résultats d'une analyse effectuée par l'Institut britannique de Pirbrigh... Les recherches de cet Institut montrent que le virus isolé en Hollande est du sérotype 8, jamais vu en Europe à ce jour! Les sérotypes que l'on trouvait jusqu'alors en Espagne comme au Sud de l'Europe étaient les 1, 2,4,9 et 16... Et dire qu'on attendait ce culicoides imicola , le moustique vecteur de la maladie, à la frontière entre la France et l'Espagne! A moins que l'insecte n'ait eu vent, si l'on peut dire, de l'affaire du nuage radioactif de Tchernobyl. Lequel, comme chacun sait, s'était courtoisement arrêté aux frontières françaises. Histoire de ne pas troubler les esprits. Et les salades.

Tous les scientifiques s'accordent à penser que le voyage touristique du culicoides imicula , originaire d'Afrique subsaharienne, a été favorisé par les chaleurs de juillet enregistrées en Europe, et plus précisément par les changements climatiques pudiquement qualifiés de réchauffement de la planète. Alors, il faut tristement croire que l'extension du territoire du vecteur de la maladie de la langue bleue, ne va pas s'arrêter de sitôt.

On osera une comparaison que d'aucuns trouveront déplacée : l'histoire des sans-papiers et des régularisations ou pas . Tant que l'Afrique ne pourra pas nourrir tous ses enfants, il y aura des boats - people et des émigrants. Et tant que le rechauffement fournira un visa aux moutiques, les aficionados auront froid.

Jean-Louis Lopez

NOTA : LA LANGUE BLEUE EST BIEN EN FRANCE !

  Sans être inutilement alarmiste, il convient actuellement de s'informer sur l'évolution de cette fameuse fièvre catarrhale dite maladie de la langue bleue , et plus précisèment sur sa présence en France. Pour celà, les internautes qui fréquentent assidûment le site de eltico.org peuvent également consulter celui du Ministère français de l'Agriculture et de la Pêche. Ils découvriront ainsi que deux bovins, des vaches laitières, dans des fermes du Nord de la France, ont été déclarés porteurs du virus, l'un fin août 2006, l'autre début septembre.

Ces animaux venaient d'être importés de Belgique... Mais comme lors de la découverte de la maladie en Espagne, il s'agit de vaches laitières. Ce qui laisse présager une suite semblable...

Le CIRAD, à Montpellier, et l'AFSSA à Maisons- Alfort, sont les laboratoires qui ont réalisé les analyses et confirmé la présence du virus sur le sol français.

Le plus triste est de constater que les aficionados sont contraints de s'informer de l'actualité taurine sous cette forme bien désagréable...

Jean-Louis LOPEZ

 

 

 

 

 

 

 

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