Le cas Tomas

 

La nouvelle est simple : le jeudi 5 juin dernier, lors de la corrida de Madrid, José Tomas a triomphé face à des toros de Victoriano del Rio et obtenu un total de quatre oreilles.

Il sera sans doute utile d’ajouter –ou de rappeler- un certain nombre de précisions qui donnent à l’information une saveur toute particulière.

C’est bien à Madrid, où Tomas ne s’était pas produit depuis six ans, qu’a eu lieu l’exploit. Et couper quatre oreilles dans la capitale ne se produit pas tous les jours… même si certains présidents madrilènes se sont parfois montrés plus généreux que d’autres. Et on se souvient par exemple de la queue obtenue jadis par Palomo Linares, une récompense que plus d’un observateur considère encore de nos jours comme scandaleuse. A Madrid, on ne brade pas les trophées, c’est bien connu ! Et les toros ont toujours une présentation irréprochable … quoique, ces derniers temps, le 4 juin il est vrai, et donc hors San Isidro, on a parlé de certains animaux indignes, des élevages de Garcigrande et de Peñajara pour ne pas les nommer, combattus par El Juli et Sebastien Castella pour ne pas les citer.

La Feria de San Isidro 2008, en mai dernier, n’avait pourtant pas été riche en succès, à tel point que la critique avait désigné Manuel Cid comme l’unique lauréat, même si plusieurs faenas, mal achevées au moment de l’estocade, méritaient d’être soulignées. Mais immédiatement après San Isidro avait lieu dans les arènes de Las Ventas, la Feria del Aniversario, et là, ô surprise, le 5 juin, José Tomas coupait quatre oreilles et le lendemain, Miguel Angel Perera en obtenait deux après une mémorable prestation.

Deux triomphes mérités, cela va de soi. La réussite de Perera était la suite logique –et donc prévue- d’une brillante saison. Mais celle de José Tomas a une valeur savoureuse. On a entendu plus d’un aficionado s’exclamer que la tournée du torero de Galapagar se déroulait dans des arènes de moindre importance, que le bétail était inoffensif … La première critique est désormais nulle et non avenue, et à la seconde, les blessures (graves) subies par le torero ont déjà répondu.

Le lendemain de la corrida d’anthologie, la presse espagnole a usé et abusé des dithyrambes : Zabala de la Serna a titré dans ABC : José Tomas es el toreo, Juan Posada dans La Razon : Le retour du héros, Antonio Lorca dans El Pais : José Tomas touche au ciel, Javier Villan dans El Mundo : C’est un tremblement de terre, Carlos Ilian dans Marca : José Tomas, que Dieu te bénisse…

Mais lors de plusieurs débats télévisés, en particulier celui animé par l’écrivain Fernando Sanchez Drago, on a abordé le cas Tomas comme un dossier philosophique, psychiatrique presque. Tous les aficionados seront ravis de noter que la corrida puisse être évoquée comme un simple phénomène de société, sans que s’engage une polémique animalière inutile. Cela n’est le cas, hélas, qu’en Espagne.

José Tomas est donc un cas particulier. Quand il a reçu ce coup de corne dans la gorge, à Jerez, -ce qui l’a empêché de venir à Nîmes à Pentecôte-, le torero est resté immobile, comme s’il attendait le coup de grâce. A plusieurs reprises, son calme, sa sérénité a été interprétée comme un mépris de la vie. Ou de la mort. Ce qui revient au même.

José Tomas a construit sa tauromachie sur ces terrains impossibles ou infréquentables qu’avait foulé avant lui Paco Ojeda. Et chacun sait que ces terres deviennent rapidement des sables mouvants.

 

Jean-Louis Lopez

 

N.D.L.R. : Pour visionner quelques extraits de la faena de José Tomas au 3ème toro de Victoriano del Rio, cliquez sur le lien ci-après. (Images publiées sur le site dtoros.com de notre compañera Maria Angeles CASTRO)

Vidéo José Tomas Madrid 5 juin 2008

Laurent DELOYE "El Tico"

 

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