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Le cas NarbonaQuand un ministre sème la confusion … |
Pour les uns, c'est une déclaration de bon sens, pour les autres, une bavure pure et simple : les déclarations de Cristina Narbona, ministre espagnol de l'Environnement de l'actuel gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, selon lesquelles il faut bientôt interdire la mise à mort du taureau dans les arènes, n'en finit pas de faire des vagues…
C'était aux veilles de Noël, au Palais de la Moncloa , siège madrilène du gouvernement espagnol, à la fin du banquet de fin d'année. Entourée de journalistes, Madame Narbona affirma tranquillement qu'il fallait songer à interdire la mort du taureau à la fin des corridas, comme cela se pratique au Portugal. « Il faut le faire progressivement, ajouta-elle , et peut-être déjà dans le courant de la prochaine législature, mais nous devons au moins essayer de supprimer cette fin sanglante de la vie de l'animal ». Les journalistes, quelque peu interloqués, s'empressèrent de demander si ces déclarations étaient officielles, s'ils pouvaient les publier, et Madame le Ministre de préciser : « Allez y… ».
La suite, on la connaît : le journal El Mundo en fit, dés le lendemain, un des titres de sa première page, et dans les jours suivants, toute la presse en parlait, le journal de France 2 entre autres, heureux sans doute de se refaire une virginité auprès des anti-corridas qui l'avaient chahuté pour avoir eu l'audace de présenter les reportages sur la vie du novillero Medhi Savalli...
El Mundo présentait donc les propos du Ministre, qui évoquait le mouvement international pour la protection des animaux, et se plaignait de la situation inconfortable du gouvernement espagnol dans la défense des traditions taurines face à l'Union Européenne. « Il existe dans le Parlement européen une opposition de plus en plus forte, avec des détracteurs des spectacles taurins qui appartiennent à tous les partis politiques ».
Il faut quand même préciser que la levée de boucliers a été forte en Espagne et en France après les affirmations de Madame la Ministre. Au sein du PSOE et de son propre gouvernement, d'abord, où on l'a vivement prié de se montrer plus discrète, dans tous les milieux politiques où la corrida possède de nombreux défenseurs, dans de multiples milieux professionnels, sociaux et culturels, dans la presse, enfin, où on a trouvé quelque peu excessifs et injustifiés les propos en question.
Felipe Gonzalez, ex-président du gouvernement espagnol , a par exemple déclaré qu'il n'était pas aficionado, mais qu'il était convaincu que la corrida survivrait à ces attaques menées par opportunisme…
José Antonio del Moral, écrivain et journaliste, n'y est pas allé par quatre chemins : « Si à Barcelone on veut supprimer les corridas, et si le Ministre veut supprimer la mise à mort, la solution, c'est que les aficionados ne mettent plus les pieds en Catalogne et ne votent plus jamais pour le PSOE » . Et Del Moral va plus loin : « Il est ridicule et faux de dire qu'il est de plus en plus difficile de défendre la corrida au Parlement européen. Madame la Ministre est-elle déjà allée assister à des corridas à Nîmes, Arles, Béziers, Bayonne, Dax ou Mont de Marsan ? Qu'elle y aille et s'informe… »
Quelques jours après ses déclarations, Cristina Narbona est à nouveau intervenue dans El Mundo, pour se déclarer ravie de l'importance accordée à des propos qu'elle dit être tout à fait personnels et auxquels elle ne retire rien…
Au contraire, elle a profité de l'occasion pour placer la corrida au même niveau que l'esclavage, ou que n'importe quel problème de violence… Je persiste et signe, en quelque sorte ! Rien d'étonnant à cela, d'ailleurs : en avril 2004, lorsque la municipalité avait déclaré que Barcelone était une ville anti-taurine, Madame Narbona avait manifesté son opposition aux corridas et les avait comparé aux problèmes de la violence contre les femmes… Tout à fait explicite ! SOS Femmes battues ou SOS Taureaux tués, même combat…
Aura-t-on l'outrecuidance de rappeler que Madame Narbona est la fille de feu Francisco Narbona, grand aficionado, journaliste de presse écrite et télévisée, auteur de nombreux ouvrages sur la tauromachie, dont les biographies de Rafael El Gallo, Belmonte, Sanchez Mejias ou Manolete… Allez dire maintenant que bon sang ne saurait mentir…
L'exemple de la France
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce que l'on a pudiquement appelé le cas Narbona a conduit certains observateurs espagnols à montrer du doigt l'exemple français. Des espagnols qui regrettent, bien évidemment, et trouvent parfaitement étonnant que la Fiesta nacional ait besoin de suivre un modèle étranger. On a donc entendu à de multiples reprises évoquer la législation française, qui a su, depuis plusieurs années déjà, adapter la fameuse Loi Grammont pour rendre légales les corridas dans une région spécifique.
Par ailleurs, il sera déplacé, pour ne pas dire vain, de tomber dans le travers du traditionnel dialogue de sourds qui oppose les pro et les anti corrida. Les uns mettent en avant Goya, Picasso, Hemingway ou Lorca, les autres parlent de torture et de barbarie. Il ne reste plus qu'à attendre le soir de la bataille pour compter morts et blessés et célébrer un Te Deum , comme dirait Voltaire.
Eviter la mort en public pour exécuter l'animal dans la coulisse, plusieurs heures après le combat, comme cela se fait au Portugal, est-ce un acte hypocrite, alors que journaux et télévisions affichent sans retenue attentats, morts violentes et cadavres ? Et sans la présence du petit cercle qui indique l'âge minimum pour suivre le programme. Faut-il supprimer les abattoirs ? Doit-on inviter les ministres à devenir végétariens ?
Parmi les réponses apportées aux propositions de la ministre de l'Environnement, la plus remarquable est sans doute celle de l'écrivain et homme de théâtre Albert Boadella, parue tout dernièrement dans El Mundo On y trouve certes les moqueries habituelles sur les moules torturées au jus de citron, les mouches assassinées à coups d'insecticide, les bactéries victimes de génocide aux antibiotiques ou encore le brin d'herbe guillotiné par le sabot d'un cheval.
Mais plus intéressante est la remarque faite au responsable de l'environnement : qui d'autre que l'éleveur de taureaux mérite d'être loué pour sa défense de la nature ?
Lors d'une conférence donnée à la Casa de Madrid de Barcelone, Albert Boadella, qu'accompagnait le torero José Tomas, avait déclaré : « Si le Diable se mettait un jour à ma disposition comme il le fit avec Faust, je ne lui demanderais pas ce ridicule retour à la jeunesse. Je lui demanderais de pouvoir choisir ma mort et de me changer en taureau de combat, pour pouvoir mourir des mains de ce grand torero qu'est José Tomas ».
On ne saurait mieux dire.
Jean-Louis Lopez
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