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Le bonheur est dans les arènes |
La découverte est d'importance : un groupe de vétérinaires espagnols vient de publier les conclusions de longues études et analyses effectuées sur le taureau de combat… Et cette conclusion ne va pas manquer de faire couler beaucoup d'encre, de susciter de multiples débats et provoquer d'interminables polémiques : selon les docteurs Juan Carlos Illera del Portal et Fernando Gil-Cabrera, le taureau ne souffre pas pendant la corrida…
Non, il ne s'agit pas d'une affirmation de Café du Commerce, pas plus qu'un argument de bas étage destiné à alimenter une querelle vaine entre partisans et opposants à la corrida. Les deux vétérinaires en question, qui jouissent d'une solide réputation au niveau international, ont effectué des travaux très sérieux qui aboutissent à un constat formel : le taureau ne souffre pas au cours du combat qu'il livre en corrida, pour la bonne et simple raison que son organisme libère des hormones dites bêta endorphines , plus communément appelées hormones du bonheur , qui réduisent à néant le sentiment de douleur.
L'analyse est construite sur les études entreprises des années durant sur des taureaux combattus dans diverses arènes . Première constatation : le taureau, plus précisément son hypophyse, libère pendant le combat dix fois plus d'hormones bêta endorphines que ne le ferait un être humain. Mieux encore : il ne libère ces hormones que lorsqu'on le pique et que, par voie de conséquence, une vive douleur est provoquée.
Et s'il ne ressent aucune douleur particulière , comme par exemple lors d'une novillada sans picadors, ou si on ne lui pose pas de banderilles, ou encore lors du transport en camion entre l'élevage et les arènes, le stress prend le dessus et ne peut combattre une douleur physique qui n'existe pas ! L'absence de sécrétion de bêta endorphines laisse donc apparaître une douleur réelle…
Oui, vous avez bien suivi : aussi paradoxal que cela puisse paraître, des vétérinaires avertis affirment que la corrida formelle est moins cruelle que tout autre course sans picadors et sans pose de banderilles !!!
Même si une revue espagnole a dernièrement interviewé le Docteur Illera del Portal, et comme l'a souligné récemment André Viard, le directeur des remarquables Terres taurines , le dossier des hormones du bonheur n'a rien d'original .
En octobre 2005, un congrès de vétérinaires organisé à Zafra avait déjà évoqué l'existence de ces hormones endorphines et le rôle qu'elles pouvaient jouer dans le comportement de l'animal, à l'occasion d'ailleurs de travaux présentés par le Docteur Illera del Portal. Des chercheurs européens ou nord-américains , comme le Docteur Sarah J. Buckley, avaient étudié, il y a un certain temps aussi, ces hormones chez les humains, hormones apparaissant par exemple au moment de l'accouchement, lors de relations sexuelles, et exerçant alors une puissante influence sur nos émotions ou nos comportements.
Les endorphines, découvertes en 1975 par J.Hugues et que les scientifiques classent parmi les peptides, sont fabriqués, pour les humains comme pour les animaux, au niveau de l'hypophyse et ont une action comparable à celle de l'opium et de la morphine.
Leur sécrétion, provoquée par un effort violent ou par des facteurs psychologiques, permet tout simplement de se surpasser, d'effacer le sentiment de douleur en suscitant une sorte d'euphorie…
Les docteurs Illera et Gil-Cabrera ont ensuite étudié ces hormones du bonheur chez les taureaux de corrida… Et la première conséquence des recherches de ces éminents vétérinaires réduit au demeurant une douleur tout aussi évidente : celle des aficionados qui sont souvent traités de sadiques ou d'autres qualificatifs aussi amènes !
A dire vrai, les amateurs de courses de taureaux se posent depuis longtemps des questions simples qui entraînent souvent des réponses logiques. Quelle est la nature exacte du caractère de bravoure du taureau ? Pourquoi insiste-t-il, parfois avec une insistance farouche, dans sa lutte contre le picador qui lui impose une blessure réelle ? Les bêta endorphines apportent une explication surprenante, peut-être, mais somme toute assez évidente. Et peut-être, aussi, rassurante.
On connaît l'éternelle querelle entre littéraires et scientifiques, lorsque ces derniers assurent –et prouvent- que nos sentiments, quelle que soit leur nature, ne sont que des réactions chimiques.
Il faut donc se faire une raison, en remerciant les neurones qui les font naître… Quand il affirme en poète « l'homme est un apprenti, la douleur est son maître, et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert », Alfred de Musset se fourre encore le doigt dans l'oeil. Et s'il avait su, avant d'assurer « la souffrance, c'est elle qui fait l'homme », que tout n'était qu'une histoire d'endorphines, Alphonse de Lamartine aurait sans doute préféré garder le silence.
Jean-Louis Lopez
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