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Le Baiser |
Que l’internaute qui consulte fidèlement Eltico.org soit rassuré, ce titre aux consonances amoureuses ne saurait précéder un bref traité de maintien sexuel. Pas plus d’ailleurs qu’une évocation exhaustive d’une pratique labiale ou linguale dissimulant une intention coupable comme le baiser de Judas, ou initiatique comme le premier baiser. Non. Il s’agit tout simplement de la caresse du bout des lèvres exercée par Madame Carmen Calvo, la très digne et très respectable Ministre espagnole de la Culture, posée sur la montera du torero non moins célèbre Cayetano.
Lequel, bien évidemment, venait d’adresser par la voie aérienne son couvre-chef de torero en direction de l’élue du peuple. A défaut de l’être de son cœur. Ce qui représente un geste remarquable, lorsqu’on connaît l’exceptionnel pouvoir de séduction de petit fils d’Antonio Ordoñez.
La scène s’est déroulée il y a quelques jours, dans les arènes de Cabra, prés de Cordoue, la ville natale de Carmen Calvo où s’était rendue la ministresse pour assister à une corrida avec Morante de la Puebla, Sergio Aguilar et Cayetano.
Chacun sait aussi que ce volage transfert de la montera vers une personne choisie par le torero et qu’on nomme incidemment le brindis, n’est pas un acte gratuit. A tout point de vue, d’ailleurs, la tradition voulant dans le passé que le renvoi de la toque s’accompagnât d’un petit cadeau destiné au torero. Certains observateurs mal intentionnés assurent qu’aujourd’hui, ce retour se fait parfois avec un petit billet mentionnant le numéro de téléphone de la dame ainsi honorée. Mais personne, à notre connaissance, n’a pu vérifier le bien fondé de cette médisance.
L’Histoire de la corrida relate des brindis originaux, cocasses ou irrespectueux, comme celui de Cuchares au Duc de Montpensier : Je brinde ce toro à vous, à la femme de vous et à los vousitos…, ou cet autre, prononcé par un jeune novillero qui se présentait à Murcie : je brinde ce toro à Murcie et aux murciélagos…. Mais en vérité, les murciélagos, ce sont des chauve-souris.
Et à propos de cadeaux et de (non) brindis, enfin, cette petite (et récente) histoire intervenue à Madrid en 2002, lors d’une corrida de la San Isidro à laquelle assistait le roi Juan Carlos. Il a toujours été de coutume, pour les toreros, de saluer le roi quand il est présent dans les arènes, et de lui brinder le premier toro. Et le roi place toujours dans la montera, avant de la renvoyer, un bijou, comme un porte clefs en argent, une épingle de cravate ou des boutons de manchette. Ce jour là, David Luguillano et Eugenio de Mora adressèrent respectueusement leur brindis à leur majesté, mais à la surprise générale, José Tomas , son tour venu, passa devant le monarque sans y prêter attention, avant de confier sa montera au valet d’épée… Un non-brindis qui fit s’exclamer à un spectateur : Juan Carlos, tu as économisé ton cadeau !
Toujours est-il que le brindis de Cayetano et le baiser de Carmen Calvo, Ministre de la Culture, à la montera du torero sont deux gestes qui ne sont pas passés inaperçus ! Pensez donc… La dernière fois qu’un ministre espagnol était intervenu sur le thème de la corrida, c’était pour dire qu’il fallait songer à supprimer la mise à mort du toro… Et c’était déjà une dame : l’inoubliable Cristina Narbona, Ministre de l’Environnement.
Alors la photo du baiser de Carmen Calvo a été reproduite par toute la presse tauromachique et par de nombreux quotidiens.
Et les commentaires sont très clairs : un geste symbolique, le baiser du soutien à la corrida, le ministre qui aime la corrida…
Cristina Narbona n’avait pas hésité à confirmer tout le mal qu’elle pensait de la corrida sous sa forme actuelle. Carmen Calvo n’a pas pour le moment donné d’explication pour son baiser. Après tout , elle n’est peut être que sensible au charme de Cayetano. Qui est aussi séduisant que bon torero.
Jean-Louis Lopez
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